all hail richard starkey : l’épopée post-beatlesienne de ringo starr - part.1

Ces choses-là sont connues. L'humanité se divise en deux grosses moitiés : ceux qui préfèrent Lennon et ceux qui préfèrent McCartney. De manière plus confidentielle, une troisième moitié, nettement plus petite, penche en faveur de George Harrison, préférant louer la douceur des mélodies de All Things Must Pass, le solo de Old Brown Shoe, voire - chacun sa madeleine de Proust - le sucré de I Got My Mind Set On You. Ces choses-là sont connues. Personne, en revanche, ne se soucie de la trajectoire post-beatlesienne du quatrième troubadour : Ringo Starr, de son vrai nom Richard Starkey.Pourtant : le 26 juin dernier, au Palais des Sports, Ringo Starr était en concert avec son All-Starr Band au grand complet, chavirant le coeur des dames. L'occasion de s'interroger sur l'un des mystères les mieux gardés de l'ère moderne : que s'est-il passé dans la vie du Ringo, entre le 5 janvier 1970 et le 26 juin 2011 ? Rétro. De Ringo Starr, on connaît essentiellement les tubes des Beatles, composés par Lennonmccartney, mais chantés par Ringo : Yellow Submarine (sur Revolver), With a Little Help From My Friends (sur Sgt Peppers) ou What Goes On (sur Rubber Soul). On connaît aussi, mais moins, le délice pop psyché Octopus's Garden (sur Abbey Road) et le remarquable morceau country, aux paroles drolissimes et au violon Charles Ingallsien, Don't Pass Me By (sur l'album blanc), toutes deux écrites par Ringo.En revanche, on ne connaît pas, mais alors pas du tout, sa carrière solo après les Beatles.
La stratégie de l'échecCette carrière solo commence pourtant très tôt, dès avant la séparation "officielle" des Beatles, avec la sortie d'une première pépite : Sentimental Journey, en mars 1970. Déjà à cette époque, Ringo est timide et, surtout, sympa (1). Un adjectif qui le caractérise bien. Alors comme il est sympa, il lance son premier album en toute discrétion, et s'arrange (se démène même) pour limiter au maximum l'impact public de son opus, afin de ne pas gêner les carrières de ses petits camarades. Une belle réussite puisque cet album sera un bel échec commercial.Cette politique sera appliquée consciencieusement à chacun des albums de Ringo Starr, ce qui explique en grande partie les interrogations fondant le présent article.Quelque part donc, c'est grâce à l'humilité et à la sympatocherie de Ringo Starr que le monde connaît autant les Imagine, Jealous Guy ou Ebony and Ivory. Et pour ça, déjà, merci (2).Mais revenons à Sentimental Journey. Une pépite, donc. Et un voyage, comme l'indique le titre. Un voyage dans le temps. Ringo en a marre d'être, avec les Beatles, à la pointe de l'innovation musicale. Il préfère, plus humblement, revenir à ses premières amours, leur rendre hommage. Un peu comme quand les Guns 'n Roses ont enregistré Spaghetti Incident. Sentimental Journey est donc un disque de reprise de classiques des années 20 à 50, avec des tubes de Fred Astaire, Doris Day et Les Paul. 

Un premier jalon pour une carrière qui connaîtra beaucoup de virages.La même année, à peine quelques mois plus tard, Ringo sort ce qui est considéré par certains comme son album le plus abouti : Beaucoups of Blues (25 septembre 1970). Sous un titre qui semble amalgamer la Louisiane et le Poitou-Charentes, faute d'orthographe en plus, Ringo revient à ses premières amours, sa vraie passion : la country ; rappelez-vous le violon de Don't Pass Me By. Car si Ringo est né sous la brume de Liverpool, il a toujours senti, dans ses veines et dans sa rate, qu'il était un cow-boy du midwest, né pour bringuebaler son harmonica Marine Band et son Stetson le long des routes de diligences, à dos de Jolly Jumper, fumant des clopes et non ces espèces de brins de paille, justifiés par une application complètement crétin de la loi Evin... mais je m'égare.L'album, donc, est... déroutant. A l'image de sa chanson éponyme, ressemblant un peu à du Stone et Charden, convoqués pour l'Eurovision, dans le Missouri des années 20. De la country molasse, mal chantée, pas mieux arrangée ou produite. Ceci expliquant à nouveau l'échec public. L'année suivante paraît un single de bien meilleure facture, It don't come easy qui sonne comme du Beatles, et, ben tiens, ben oui, justement, c'est co-écrit (le "co" est vraisemblablement là par politesse) par Harrison. Et effectivement, ça sonne un peu comme du Harrison moyen : pop bien sucrée, avec de la reverb' et de la chorus partout, mais sympa. Le plus gros succès commercial de Ringo en tous cas, troisième dans les charts britanniques.


With a Little Help From My Friends Succès corroboré, deux ans plus tard (on est en 1973, vous suivez ?) par un nouvel album, le très épuré Ringo. Enfin, c'est le titre qui est épuré, parce que la pochette est une espèce de mix entre Elvis in Memphis, Sgt Peppers, A Night at the Opera et une pochette (n'importe laquelle) de Robert Plant. Ringo, c'est l'album des amis. Ringo reçoit le renfort de ses potes, notamment des trois ex-Beatles. Il s'agit, sans aucun doute, de son meilleur album à ce jour. On reste dans le registre de la grosse mélodie poppy, mais l'album contient vraiment plusieurs belles réussites : Photograph (coécrite par George Harrison), I'm the Greatest (écrite par John Lennon) et, surtout, la reprise de You're Sixteen, magnifique chanson de Johnny Burnette, mi rockab' mi blue-eyed soul, et numéro 1 en 1973 :

Ringo reprend la même recette l'année suivante avec Goodnight Vienna, mais la magie n'opère plus et la chantilly ne prend pas. La chanson titre, écrite par Lennon, est énergique, mais tire trop vers les Musclés, le reste est fadasse à l'image de cette reprise mièvre du Only You des Platters.C'est là que les choses se gâtent vraiment. Le succès de Ringo l'indispose. Ringo, c'est l'homme de l'ombre, qui se cache derrière son nom et sa caisse claire Ludwig, pas l'homme des spotlights et du Bilboard. Alors Ringo déprime et enchaîne connerie sur connerie. A suivre ...
(1) Ainsi, selon un sondage réalisé par le parti Baas sur un échantillon représentatif de 112 prisonniers politiques syriens, "Sympa" est l'adjectif qui caractérise le mieux Ringo Starr pour 97 d'entre eux ; 14,5 ont choisi "Gros nez" et un demi ne s'est pas prononcé.(2) Le merci ne s'applique, évidemment, qu'aux deux premières chansons citées.
02/09/2011
Pauv’Type