arthur lee & love - part.2 : les fleurs du mal
L'album comporte 11 pistes et toutes explorent les angoisses d'Arthur Lee. A House Is Not A Motel, And More Again, You Set The Scene (apocalypse californien sous influence dylan), Daily Planet (Hommage à Clark Kent et Superman), The Red Telephone (la peur atomique au centre de la guerre froide). Le disque fait la somme des peurs nichées dans le mensonge hollywoodien. Arthur Lee sait qu'il est un outsider et que le flower power ne changera rien à sa couleur de peau ni aux préjudices qui lui sont attachés. Bouquet de fleurs vénéneuses, Forever Changes irradie comme un soleil ébène. Les cordes de David Angel ne font que rehausser l'oxymore qui sert de terreau à ce disque unique. Modèle d'une musique exigeante, le disque publié au début 1968 ne rencontre aucun succès sur le territoire américain et ne rencontrera qu'un succès modeste au Royaume Uni. Le reste du monde est déjà passé à autre chose, le hard-rock à Cream ou le retour aux sources américaines à la manière des Stones ou de Dylan. Le temps de l'insurrection est venu et personne ne veut d'un album aussi étrangement délicat. Après un dernier single inédit Your Mind & We Belong Together/Laughing Stock, le line up d'origine jette l'éponge. Les drogues, les ressentiments et le manque de succès ont eu la peau du groupe le plus visionnaire de son époque. Your Mind & We Belong Together :Arthur Lee continuera Love avec des musiciens de plus en plus interchangeables, louvoyant entre le blues rock hendrixien mal digéré et des souvenirs pop trop rares. Il fera l'aller retour entre la case prison et des périodes d'activités de plus en plus espacées. Bryan Mac Lean, lui, deviendra Born Again Christian après sa tentative avortée de carrière solo. Le reste du groupe disparaîtra dans la nature. Il faudra attendre la fin des années 70 et la vague post punk anglaise pour que l'influence de Love et des ses chefs-d'oeuvre sixties reviennent au gout du jour et inspirent un nombre de plus en plus large de disciples. De nombreuses tentatives pour remettre en selle le vieux génie carbonisé furent nécessaires avant ce jour de 2004 où, sur la scène de Hammersmith Odeon de Londres, Arthur Lee puisse célébrer sa plus fameuse création devant un parterre de fans transis. Une reconnaissance tardive mais arrivée juste à temps avant que l'éternel génie incompris ne tire sa révérence en 2006. Plus de 40 après les faits, chaque génération après l'autre, auditeurs et musiciens viennent admirer le génie solaire d'Arthur et de Love.
