beirut : the rip tide

Zach Condon, grand animateur du projet Beirut, est à la manivelle depuis déjà cinq ans, construisant une discographie originale et séduisante comme une carte postale retro. Le troisième LP du groupe, The Rip Tide, tourne gentiment sur nos platines depuis cet été. Petit reminder en forme de telex. Zach Condon aime Jacques Brel, la vieille Europe et tout instrument qui pourrait paraître exotique comparé à une stratocaster. A plus forte raison si on peut souffler dedans. Et comme la stratocaster perd rapidement de son intérêt lorsqu'on essaye de souffler dedans, Condon préfère la trompette, le trombone et le cor anglais, entre autres. Beirut émerge en 2006 avec Gulag Orkestar, qui opère la synthèse de différents univers musicaux, principalement est-européens, avec ses ambiances à la Bregovic. Un positionnement plutôt inhabituel pour un jeune jazzman de Santa Fe, New Mexico (19 ans à l'époque !). Infiniment organique et charnel, l'album connaît un succès inattendu et mérité. Zach Condon et sa bonne bouille s'imposent sur les festivals. Souvenez-vous : Postcard From Italy (qui m'arrache des frissons à 2'00 et 3'00)...Touche à tout curieux et gourmand, Condon enchaîne les EP (le titre Elephant Gun, paru en 2007, est une merveille) et fait mouche une deuxième fois un an plus tard avec The Flying Cup Club et son improbable couleur française (appeler une chanson Cherbourg, on n'avait pas vu ça depuis Pinback !). Avec ce côté carnet de voyage, les deux premiers LP ont un charme juvénile évident. Mais surtout, derrière les tableaux, reste la qualité musicale. Et c'est bien pour cela que l'on parle toujours de Beirut.Précisément. The Rip Tide n'a pas d'identité géographique particulière et se concentre sur la musique, rien que la musique, comme le confirme l'artwork de la pochette, d'une triste sobriété maronnâtre. Enregistré à New York dans les rigueurs de l'hiver 2010, l'album aurait plutôt une identité saisonnière, une ambiance chaude et cosy, d'intérieur.East HarlemOn aurait pu croire en écoutant le dernier EP du groupe (et notamment le side project Real People/Holland) que Condon allait poursuivre dans la voie de l'électro de cuisine. Et pourtant, avec The Rip Tide, Beirut se replie sur ses fondamentaux, c'est à dire sa chaleur organique. Comme nous le montre East Harlem, Goshen, The Rip Tide ou Vagabond, les morceaux sont portés par le piano et soutenus à grand renfort de batteries et basses, donnant à l'album un cadre rythmique plus prononcé que les précédents et un ton clairement plus pop.Santa Fe :

La voix de Zach Condon, pleine et chaleureuse, puissante sans être toujours parfaitement placée, est plus convaincante que jamais (il suffit d'écouter Port of Call pour s'en convaincre). Les titres, simples, accessibles, aussi bien arrangés que produits, sont tous de petits moments de plaisir. 
01/11/2011
Sugar Daddy