Confession. Il y a quelques mois, j'ai acheté à ma fille de 2 ans un t-shirt Belle & Sebastian. Oui. Belle & Sebastian propose sur sa boutique en ligne des t-shirts pour bébé. Et oui, dans un grand moment de faiblesse, j'ai péché. Les fans de Belle & Sebastian ont fini par se reproduire et sont bien décidés à intoxiquer leurs innocents bambins de leurs passions adolescentes. Nous avions laissé Belle & Sebastian figés en 1998, en pleine épiphanie artistique. 2 albums, 3 EP et du bonheur pour tous.Cette période de grâce se termine avec
The Boy With The Arab Strap (1998). Cet album a le mérite d'avoir étendu l'audience du groupe sans rien perdre du crédit acquis auprès de la critique musicale. Il souffre toutefois d'un gros ventre mou, révélateur de tremblements au sein du groupe : Stuart David sur le départ (pour Looper), Mick Cooke et sa trompette magique rejoignant (enfin) officiellement B&S, velléités de composition et de chant pour Stevie Jackson et Isobel Campbell... Ca sent les crises d'ego et les jeux de pouvoir. Le tout laisse une impression mitigée. Ne boudons pas notre plaisir, cet album contient tout de même d'authentiques morceaux de bravoure (
It Could Have Been A Brillant Career, Sleep The Clock Around et The Rollercoaster Ride), mais très personnellement,
The Boy With The Arab Strap m'a toujours laissé sur ma faim.
This Is Just A Modern Rock Song, EP qui sort plus tard la même année, permet de combler partiellement cette faim grâce à un très beau morceau :
Slow Graffiti.
S'en suit une période décevante. Deux albums objectivement moins bons, mais comprenant 2 ou 3 petites perles, permettant d'entretenir la foi (malgré le coup sévère portée à celle-ci par projet de BO pour Storytelling). A ne pas jeter trop vite donc. Je retiens There's Too Much Love et I Fought In A War pour Fold Your Hands Child, You Walk Like A Peasant, (2000) ; Piazza, New York Catcher et Stay Loose pour Dear Catastrophe Waitress, (2003).
Avec
The Life Pursuit (2006) et le tout dernier
Write About Love (2010), Belle & Sebastian inaugure un nouveau chapitre de son histoire. Plus franc et grand public dans son approche sonore, le groupe n'pas perdu une once de sa finesse musicale. Synthés dansants, basses solides et harmonies vocales soignées, on ne peut plus ignorer l'influence de la soul et des grandes années Motown sur Belle & Sebastian.
Quel que soit le degré d'adhésion à l'univers du groupe, Belle and Sebastian mérite une écoute sérieuse. Les BBC Sessions, sorties en 2008 chez Jeepster, sont un excellent moyen de s'en convaincre. Loin des églises écossaises, des jeunes filles complexées et des t-shirts pour bébé, cet album révèle tout simplement l'essentiel : Stuart Murdoch et sa troupe ont créé une machine musicale unique et merveilleuse.Un souvenir en guise de conclusion. Perth, Ecosse, 2001. Mon premier concert de B&S. Je ne m'attendais pas à grand chose, quelques silhouettes fébriles prostrées dans l'ombre... pour finalement voir Stuart Murdoch bondir sur scène, glisser sur les genoux, se saisir de son micro d'un geste expert et lancer une version de
La Pastie de la Bourgeoisie ultra brutale, le tout se terminant par une fantaisie Sgt. Pepperienne avec la fanfare municipale, dûment invitée sur scène pour
I Love My Car. Inoubliable. D'ailleurs, ce jour là, dans un grand moment de faiblesse, j'ai acheté un t-shirt.