cold war kids : mine is yours
Un troisième album est souvent un album couperet : il peut faire oublier les errances d'un deuxième disque et raviver l'enthousiasme du premier, ou alors précipiter un détachement latent (Arcade Fire, Interpol, Arctic Monkeys).
Sur l'excellent et inattendu Robbers and Cowards (2006), les Cold War Kids convoquaient, pêle-mêle, blues sudiste, punk névralgique, soul blanche et chanson de cabaret. Une véritable auberge espagnole où cohabitaient, le temps d'une chanson, un piano de bastringue, des guitares parfois surf, souvent punk, et cette voix très haut perchée reconnaissable entre toutes. L'ensemble construit dans des compositions à la structure insaisissable... Originaires de Long Beach, dans le comté de Los Angeles, Nathan Willett et sa bande sonnaient plus sudistes que n'importe quel groupe de Memphis ou Nashville ! Sans concession, intense et nonchalante à la fois, leur musique alternait envolées lyriques et phases de repos (mais, toujours, pour repartir de plus belle, comme après une courte nuit dans un motel délabré au bord de la US 61). En comparaison, Loyalty To Loyalty (2008) paraissait très approximatif, même si le pire (Relief, Dreams Old Men Dream) y côtoyait le meilleur (Welcome To The Occupation, I've Seen Enough, Mexican Dogs). Et maintenait ainsi l'espoir pour un troisième opus.Mais dès les premières secondes de Mine Is Yours, la chanson d'ouverture de l'album éponyme, aucun doute n'est permis : les Cold War Kids ont bien troqué leur côté freestyle pour des hymnes de stade hyper produits. "Ladies and gentlemen, please welcome the Cold War Kids (of Leon ??) " Oui, car comme leurs aînés (réellement sudistes pour le coup) avec leur dernier disque (Come Around Sundown, sorti en octobre dernier), les Cold War Kids ont opté pour la grosse artillerie. D'ailleurs, pour leur dernier album, ils ont fait appel à Jacquire King, le producteur de Norah Jones, Modest Mouse (Johnny Marr) et... des Kings of Leon depuis Aha Shake Heartbreak, en 2005 ! Sur Mine Is Yours, les approximations du premier LP laissent donc la place aux saccades régulières d'une machine parfaitement réglée (et totalement soporifique). Fini les errances, les titres des chansons annoncent bel et bien la couleur (Bulldozer, Louder Than Ever...) ! Hyper produit, avec des guitares claires, comme pour mieux souligner la voix suraiguë de Nathan Willett, des breaks de batterie et des ponts dignes de Scorpions, bref, des compositions beaucoup plus carrées, les Cold War Kids, parvenus à l'âge adulte, ont perdu en spontanéité ce qu'ils ont gagné en cohérence. Dommage car à l'arrivée, on s'emmerde vraiment.
