david axelrod - part.1 : some L.A. niggaz

Un style unique, reconnaissable entre mille. Samplé, resamplé, sursamplé, la signature sonore de David Axelrod, d'une farouche modernité, est toujours aussi "bankable". Et ça vous connaissez ?
The Next Episode, incontournable single issu d'album 2001 de Dr. Dre, vous l'aurez compris, est construit sur The Edge, un morceau de David Mac Callum, produit par David Axelrod. Qui ne se termine pas, dans sa version originale, par "Smoke weed everyday !", certes, mais qui donne une idée du son Axelrod : des batteries aussi présentes que percutantes, des basses musclées savamment posées sur des aplats baroques de cuivres et de cordes... Très peu sunshine pour un artiste pourtant absolument californien.
To Live & Die In L.AFils d'un syndicaliste ouvrier californien, David Axelrod grandit à L.A. dans le quartier black de South Central. A 15 ans, il traine en Club. Pour l'alcool, au début, qui coule pour tout le monde, qu'on soit black, blanc ou mineur. Tant qu'on a le cash le barman n'y trouvera rien à redire. Puis pour la musique ensuite. Qui chatouille l'oreille, enivre l'âme. David Axelrod vient de là : du Cool Jazz et du Rythm'n Blues des quartiers noirs de Central Avenue. Et quand il s'envole pour New York à la fin des années 50, c'est pour rejoindre la Mecque de la révolution Bop. Il court après ses héros : Charles Mingus, Buddy Collette, Ernie Andrews... Pourtant, très vite, Los Angeles lui manque. Alors très simplement, il décide de rentrer. De retour en Californie, David Axelrod choisit l'Industrie, celle qui frime avec des grosses lettres sur la colline. Pour faire son trou à Hollywood, il devient batteur de studio, pour des partitions de séries TV ou de films. Peut-être doit-on mettre au crédit de son temps derrière les fûts sa passion pour les basses profondes et les beats puissants ?
Notre viking aux moeurs black se fait la main sur les labels locaux de cool jazz, Specialty et Contemporary. Et avec deux albums en 1959, il se fait aussi un nom : Free for All pour un certain Frank Rosolino, et surtout The Fox pour le hard-boper Harold Land. Extrait :
Les deux productions font sensation dans les milieux du jazz, car ils tranchent avec le son aérien et léger habituellement associé au jazz west coast. Les productions d'Axelrod sont plus terriennes, plus charnelles, plus "incarnées". Une approche plus rock, plus dur ? Beaucoup font de David Axelrod un précurseur de la fusion jazz-rock. Restons cordial, voulez-vous.
My business ? The music businessDans les années 1960, David Axelrod s'impose vite comme un "jeune turc" du son jazz californien. L'époque est au son dur, urbain et revendicatif de la côte est. Le jazz hollywoodien est encore méprisé. Pourtant les choses sont en train de changer et le vieux monde de l'après-guerre va rencontrer le solstice des sixties triomphantes. Raccord avec l'époque, Axelrod fait son entrée en 1964, dans la tour des grands. Au croisement de Vine Street et Hollywood Boulevard, se dresse l'iconique Capitol Tower, celle du label du même nom. Soit un concentré de rêve américain. Une fabrique de stars, une usine à destins, mais avant tout et surtout, une grosse pile de cash à investir. La fameuse maison vient de faire sauter la banque avec la signature d'un jeune groupe anglais, les Beatles. L'or des Beatles pour Capitol, c'est un peu comme l'or des incas pour les Espagnols. Ça rend fou et ça fait croire que tout est absolument possible. Le label est la seule major en dehors des marchés New York et Chicago, et par conséquent, la seule option viable pour réussir dans le music bizz sans quitter la Californie. Et David Axelrod veut rester en Californie.Au sein du département A&R (Artists & Repertoire), il recherche les talents de demain et se fait le grand promoteur des artistes noirs chez Capitol. Mais il reste avant tout un auteur et producteur. Parfois, il gère tout le process, comme l'incroyable pari de faire sortir des disques à David Mc Callum, un acteur de série des années 60 (The Man From U.N.C.L.E.). Il est blond. Il est pas mal. Il a l'air sympa et propre. Il a une formation classique mais il ne chante pas. Qu'à cela ne tienne. Quatre albums en deux ans, quatre cartons. Music...A Part Of Me (1966), Music...A Bit More Of Me (1966), Music...It's Happening Now! (1967), and McCallum (1968). Axelrod pilote le tout et fait très plaisir à son boss. C'est ce qu'on appelle "une bonne opération". Quant à David Mc Callum, il arrête la musique et se fait piquer sa femme par Charles Bronson. Life goes on. En extrait, The Edge, bien sûr :
Attention, si Axelrod donne le change à la hiérarchie avec des coups marketing, il reste un musicien et un producteur exigeant. Au sein de Capitol, il a réuni une "A team" de musiciens de studios, qui l'entourent notamment sur le projet Mac Callum : Carol Kaye à la basse (une habituée des sessions Beach Boys et Spector, au sein du légendaire Wrecking Crew), Howard Roberts à la guitare et le grand Earl Palmer à la batterie. Le monde du jazz est toujours fortement attaché à Axelrod, qui reste en la matière l'un des producteurs les plus affutés de la décennie. Il le prouve avec éclat à deux reprises. Live ! de Lou Rawls (1966) et Mercy, Mercy, Mercy! Live at 'The Club' du grand Julian "Cannonball" Adderley, qui, comme son nom ne l'indique pas, a bien été enregistré dans les studios Capitol (avec audience). Encore une entourloupe, mais avec la bénédiction d'Adderley qui voulait faire de la publicité au "Club", tenu par un ami.
Ces références ne sont que quelques exemples parmi les dizaines d'albums de jazz, funk et soul produits tout au long de la décennie.En 1968, David Axelrod est arrivé. Professionnel respecté, il n'a plus grand-chose à prouver. On sent toutefois chez l'homme, comme une soif tenace, un besoin de se mettre en danger. Ce qui le pousse à abattre les portes pourtant bien fermées entre les genres, les styles et les publics. L'heure est à l'expérimentation tout azimut, et à l'image de ses voisins Peter Fonda, Dennis Hopper ou Robert Altman pour l'industrie cinématographique, David Axelrod va lancer son propre "Nouvel Hollywood". La suite par ici.
20/07/2011
Sugar Daddy