deus : keep you close

C'est la rentrée 2011, et on retrouve coup sur coup deux des meilleurs groupes de rock des années 90-2000, Wilco et dEUS. Soit une double dose de bonnes nouvelles. Les deux groupes étaient devenus nos amis intimes au moment même où le rock à guitares sentait le sapin entre 1997 et 2001. L'audacieux 13 de Blur, Summerteeth de Tweedy & Cie et l'Ideal Crash des Anversois furent les grandes déclarations d'intentions électriques à être publiées entre Ok Computer et Is This It ? Pour tout ça encore merci. Un rêve de cadre d'Universal MusicMais en 2011 quelle est la place de ces quadras vétérans? Que faire quand on a décidé de continuer? Se répéter en moins bien ? Se mettre à l'acid folk ? Ou se faire produire par David Guetta ? Début de réponse avec Keep You Close. C'est le sixième long format de dEUS et le troisième depuis leur "retour" aux affaires en 2005. L'album fait suite au très faible Vantage Point de 2008, sorte de boulgi boulga pop rock à peine digne de RTL2. Rien à voir donc avec, le grunge sous influence Tom Waits-bohème jazzy de Worst Case Scenario ou l'axe Bowie/Iggy d'Ideal Crash. dEUS a vieilli et ne cherche plus forcément à épater le bourgeois. D'ailleurs les chiffres concernant ce dernier album sont assez parlants quant à cet apparent processus de normalisation. 43 minutes, 9 titres, un single (Constant Now) à 3'40 et un titre final, Easy, qui se termine à 6'50. La production a été laissée aux mains de salariés de chez Placebo, Muse et autres Silverchair. Un son bien plein, bien peigné. Loin, très loin du flou artistique plus ou moins volontaire de leurs premiers pas, il y a de cela déjà 20 piges. Keep You Close, c'est rien que du carré. On se croirait dans un rêve de cadre d'Universal Music.
Classic rock with AttitudePourtant, Keep You Close est un animal bien plus passionnant que les apparences ne le laisseraient penser. dEUS n'hésite pas à taper dans le vocabulaire le plus commun du rock international mais, contrairement à Coldplay et autres limonadiers du genre, c'est finalement pour mieux cacher les vicieuses trappes mélodiques et les soudains changements de braquet qui ont toujours pimenté leur rock sauce samouraï. Le format court de l'album permet à chaque titre de trouver sa place dans l'ensemble. Keep You Close, l'ouverture toute en cordes et tensions, est une intrigante ballade derrière un son FM. Constant Now est un drôle de rock cuivré avec un riff sous flanger. Dark Sets In nous embobine dans ses vielles ficelles et on se laisse prendre. Ghosts après un départ gentiment tropical s'achève dans une tempête d'électricité. Et The End Of Romance n'hésite pas à taper dans le Steely Dan ou le Fleetwood Mac pour s'en sortir au finish avec les honneurs. L'album regorge de ces petits détails qui font frémir de plaisir l'auditeur et gagne à une écoute répétée. Avec Keep You Close, dEUS réussit son pari d'offrir un rock populaire à la portée de tous, sans perdre pour autant ses instincts arty. Comme Roxy Music, REM ou Cure avant eux, les flamands ont réussi leur reconversion pop sans perdre ni leurs ambitions, ni leur flamboyance.Constant Now

Vive la Belgique!
01/10/2011
Zardoz