françois de roubaix - part.1 : la grâce et l’instinct

François de Roubaix, c'est une personnalité hors norme du paysage artistique français. Un touche-à-tout, un bienheureux, un aventurier. Pour certains happy few, la découverte de sa musique est un basculement, une épiphanie laïque qui ouvre des horizons jusqu'alors à peine imaginés. L'homme de RoubaixUn nom de gentilhomme, un profil d'aventurier, une vie de création, une fin tragique. Avant même de découvrir l'œuvre, riche et foisonnante, le personnage fascine. De Roubaix, c'est quinze ans d'hyperactivité musicale, dès 1960 et jusqu'à sa disparition dans un accident de plongée au large de Ténérife, à l'âge de 36 ans. Musicien autodidacte, dingue de jazz, devenu compositeur touche à tout, il a essentiellement écrit, composé, arrangé et interprété des musiques pour le cinéma, la télévision et la publicité. S'il fut un musicien de commande, il n'en fut pas moins un musicien de grand talent, hautement original. Son œuvre, labyrinthique, est unique et visionnaire.
Aperçu avec Pingouins sur la Banquise, extrait du projet de BO pour L'Antartique, de Jacques-Yves Cousteau :


Le cinéma de Roubaix L'homme vécu à travers trois passions : le cinéma, la musique et la mer, chacune venant constamment alimenter l'autre en un jeu d'inspiration-création-refuge... C'est au début des années 1960, avec son père Paul de Roubaix, réalisateur de films institutionnels, puis avec Robert Enrico, qu'il associa cinéma et musique. Rapidement, il matérialisa cette heureuse combinaison en une activité. François de Roubaix a signé de grandes BO pour Enrico : Les Grandes Gueules, Les Aventuriers, Tante Zita, et Le Vieux Fusil bien sûr, pour lequel il reçoit un César à titre posthume. De prestigieuses collaborations avec le cinéma ont rythmé sa carrière : José Giovanni (Le Rapace, Dernier Domicile Connu, La Scoumoune) ; Jean-Pierre Melville (Le Samouraï) ; Jean-Pierre Mocky (La Grande Lessive, L'Etalon) ; Jean Herman (Adieu l'Ami, Jeff)... Il imposa un "style de Roubaix" dans la musique de film.Dernier domicile connu :


De Roubaix fait également quelques piges pour le "petit écran". Là encore, il y a du lourd. Si vous êtes des télénostalgiques, François de Roubaix a signé les génériques de Chapi Chapo, des Chevaliers du Ciel ou encore du Commissaire Moulin (si vous parvenez à écouter ça en faisant abstraction d'Yves Régnier, vous allez découvrir un pur bijou vintage. Big up pour l'entrée du beat à 00:30, très Turzi):



L'héritageL'apport de François de Roubaix à la musique ne se limite pas à la musique de film. Son influence sur la scène indé française depuis 20 ans est évidente. Par son approche originale, de Roubaix est l'une des figures tutélaires d'une scène musicale française exigeante qui tente d'exister hors de la variété et qui, de fait, est en recherche de codes et de pères fondateurs. Morcelée, parfois moribonde, souvent expatriée, elle vit à travers des labels comme Records Makers ou Tricatel, des têtes de pont comme Air ou Phoenix, des électrons libres comme Turzi ou Etienne Jaumet... Il suffit d'écouter de Roubaix pour retrouver de façon troublante le meilleur de cette scène. Si rendre hommage ou sampler de Roubaix est aujourd'hui moins hype qu'il y a 15 ans - âge d'or de la French Touch - l'homme mérite toujours autant sa place au panthéon des architectes du son français. Et pourtant, malgré ce statut, les rééditions ne sont pas légion. Heureusement, Stéphane Lerouge est là. Spécialiste de la musique de film "à la française" et responsable de la très belle collection "Ecoutez le cinéma !" (Universal), une grande partie des BO signées de Roubaix lui doivent une seconde vie. Citons également les excellentes compilations Le Monde Electronique de François de Roubaix (2 volumes sortis en 2004 et 2006) qui offrent une nouvelle visibilité à sa période électronique. Le label belge WeMe, apparemment très fan, a également réédité L'Antartique en vinyle (2009) et vient de sortir sur le même support une compilation de ses travaux pour courts métrages, sobrement intitulée Courts Métrages.La seconde partie de cette retro sera consacrée à l'approche de la musique développée par François de Roubaix. De part ses innovations techniques, ses méthodes décalées et son univers créatif, de Roubaix a tracé un nouveau chemin pour la création musicale contemporaine et à bien des égards, fait figure de précurseur.
07/04/2011
Sugar Daddy