roostons d’or 2011

A force d'écrire sur les choses qu'on aime bien, notre lectorat pourrait croire que chez Rooster c'est gentillesse et compagnie, une sorte de club boy scout versé dans le sirop et l'admiration tous azimuts. Il est certain que notre démarche n'a jamais été de taper sur de pauvres artistes pop qui ne nous ont rien demandé et qui font probablement ce qu'ils peuvent. Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que nous sommes quelques fois à deux doigts de transformer notre bâton de pèlerin en crosse de hockey afin de rosser le malotrus qui nous prend pour des billes. Après le bilan 2011, tout miel et tout sucre, voici son pendant vachard.
1 - Lulu, Lou Reed & Metallica Ça faisait bien sept ou huit ans que l'un de nos grands héros, Lou Reed, n'avait pas songé à publier un album studio. Presque une décennie. Et le dernier en date, The Raven, était déjà une sombre croûte prétentieuse, ni drôle, ni inspirée. Histoire de s'occuper, le vieux Lewis avait ressorti son opéra-rock Berlin en tournée et avait fait un peu de beurre avec. Puis en 2009, il s'était fendu d'une reprise chiante de Sweet Jane avec les Metallica sur la scène du Rock'n'roll Hall of Fame de Cleveland. On avait mis ça sur le compte d'une forme d'opportunisme qui sied aux rockeurs de son âge. Quand finalement, on apprit que Lou Reed et ses nouveaux potes métallurgistes avaient décidé de remettre le couvert sur un album entier, on s'est dit que les carottes étaient plus que cuites et que les choses n'allaient pas en s'arrangeant. L'écoute du disque lui même est la confirmation de deux choses ; un, que Lou Reed n'a plus rien à dire depuis 1989 et New York, et qu'en plus il le fait mal, et deux, que Metallica est un groupe qui tourne en rond, au point que leurs propres fans (dont je ne fais pas partie) le reconnaissent bien publiquement. Inutile de vouloir faire passer cet étron informe pour une oeuvre puissante et habitée, c'est le vide intersidéral.
2 - Anna Calvi, Anna CalviPresque un an après la publication du premier album d'Anna Calvi, il faut bien le (re)dire aux personnes qui doutent encore : C'est creux. Vendue comme l'héritière directe de PJ Harvey première façon et de feu le rossignol grunge, Jeff Buckley. Certes la jeune fille a une belle voix, un physique de diva rock et un look ad hoc, mais de chansons, elle n'en a point. Le disque encensé, vendu comme une révélation, une première oeuvre magistrale est en fait une accumulation de clichés rock intello sous perfusion années 90. Pas besoin d'avoir fait des recherches approfondies pour voir que la jeune fille a monté son business plan sur les traces de Tom Waits, Rickie Lee Jones et d'un Scott Walker très fatigué. Exactement le genre de références qui vous mettent la presse culturelle dans la poche et vous gagne le sticker révélation de l'année dans Télérama et Les Inrocks. Ils ont visiblement loupé une occasion de se taire.
3 - Aucun Express, hommage à Alain BashungUn tribute, un. On pensait que ce genre de choses disparaîtrait avec le cd mais non, ça se fait encore. Pour quelques trop rares réussites, c'est souvent le défilé nécrophage et navrant de supposer héritiers auto-proclamés qui viennent saloper de beaux souvenirs. En 2011, puisque ça fait déjà deux ans qu'Alain est mort, le ban et l'arrière ban de la chanson française à succès est venu rendre un vibrant hommage au chanteur disparu dans le désert de Gaby. Au menu, Vanessa Paradis, M, Noir Désir en phase terminale, Raphael, Biolay et Keren Ann, les BB Brunes, Miossec, etc... Que des habitués de l'exercice qu'on trouvait déjà sur les hommages aux ancêtres Brassens, Ferré et Brel. Dans la majorité des cas, la sélection est grand public et les versions n'offrent rien de plus à qui que ce soit, pire on voit apparaître un Bashung nain et variétoche. Soit l'anti-thèse du bonhomme. A sauver : Alcaline par Christophe, émouvant renvoi d'ascenseur à un frère d'arme disparu, et la délicieuse réinterprétation de Je Fume Pour Oublier Que Tu Bois par Keren Ann. Un maigre butin. Cerise sur le gâteau faisandé, la tellurique reprise de La Nuit Je Mens par Mustang a été éjectée du tracklist final. Peut être pour ne pas embarrasser les voisins.

4 - Audio Video Disco, JusticeQue faire quand on a déjà tout dit et que c'était déjà quelque chose de recopié ailleurs ? C'est à ce dilemme qu'a été confronté le duo à succès Justice au moment de donner une suite à leur blockbuster CROSS de 2007. Quatre années pour donner une suite valable à un carton planétaire. Pour continuer de faire danser les bolloss et les branchagas, les intellos et les clubeurs. Donc il a fallu s'y mettre et trouver de quoi surprendre sans décevoir ni dérouter. Xavier et Gaspard se sont trouvés bien emmerdés et ça se sent à l'écoute du disque qui joue encore une fois avec une esthétique latiniste douteuse. Là où leur précédent disque jouer la carte du gros son hard en mode électro, le duo reprend cette même idée et décide qu'il serait bien qu'il y ait des chansons dedans. Le problème c'est que nos deux amis ne savent pas écrire de pop song, ou alors très mal. Ce qui fait que Audio Video Disco est vraiment très vide, que derrière la puissance du son compressé, le travail de mixage et les nombreuses références américaines, on se retrouve avec un gros disque de heavy prog rock seventies dans l'esprit de groupes lourdauds comme Boston ou Rush. Soit un boulgi boulga pas très ragoutant et pas très frais. Finalement le second MGMT est pas si mal en comparaison.
5 - The Colour Of The Trap, Miles Kane On avait adoré Miles Kane, jeune blanc bec de Liverpool quand il roucoulait en pull col roulé cachemire blanc avec Alex Turner dans The Last Shadow Puppets. On le trouvait moins bon avec les Rascals, son trio surf-pop-punk. On attendait donc son premier album solo avec l'esprit ouvert et le coeur léger. Finalement, au bout d'une écoute et demi, nous sommes bien obligés de nous rendre à l'évidence : le garçon s'est pris le mur en pleine face. Mais de quel mur je parle, me demanderez-vous ? Ben celui dans lequel tous les groupes anglais à guitares se plantent depuis le milieu des années 90, celui de l'éternel attirail brit pop et ses clins d'oeil lourdement appuyés au passé glorieux de la perfide albion. Beatles, Stones, Bowie, Joy Division, New Order, T-Rex, Cure, Pistols, Stone Roses, Jam etc.. le tout étant plus ou moins bien digéré selon les groupes. Miles Kane n'échappe pas à la règle. Garçon cultivé et romantique, son premier album est une collection de clichés rock anglais sur joués, produit de manière à plaire aux amateurs d'Oasis, ou Coldplay. Grosse cavalerie de guitares, choeurs réchauffés au micro-onde, paroles syndicalement arrogantes et rythmiques usées par le temps, ici on est plus proche de Beady Eye que de The Coral. Vieilli prématurément, Miles Kanes est symptomatique d'un rock anglais devenu tellement prévisible qu'on en vient presque à trouver Kasabian aventureux. C'est dire la tristesse...
07/01/2012
Zardoz