super furry animals, odyssée et oracles - part.1 : creation

Intersidérant groupuscule d'action culturelle et musicale, les Gallois de Super Furry Animals chantent depuis près de deux décennies tout ce qui passe par leurs têtes perchées. Terroristes pataphysiciens, le quintet de Cardiff a profité de l'exposition médiatique et commerciale de la brit pop pour prendre son envol. Mais très loin des ambitions quelconques des Mansun et autres impasses Shed Seven, Gruff Rhys et ses pieds nickelés se sont très vite évadés des rues sordides du quotidien anglais pour aller courir sur la grande voie dorée de la pop solaire. The Creation - Big Baam PoomAlan Mac Gee et les Super Furry Animals étaient faits pour s'entendre. Issus de la scène psyché-barré de Cardiff, Pays de Galles, les Super Furry Animals sont déjà des vétérans des scènes rock et rave techno. Quand ils rejoignent le label du Grand Roux de Glasgow, ce dernier est lui aussi un vétéran des guerres de l'indie britannique depuis le milieu des années 1980. Il a bâti son repère pirate, Creation Records, sur la foi de son pif aussi fin que blanchi chimiquement. Et il a été partie prenante dans l'histoire respective de groupes aussi cruciaux que Primal Scream et son classique Screamadelica, Ride, My Bloody Valentine et son Loveless terminal, les Houses Of Love, Jesus & Mary Chain. Mais c'est avec l'immense succès d'Oasis qu'il rencontra enfin la réussite financière. Et ce sera aussi le début de la fin pour Creation, qui disparaitra trois ans plus tardC'est dans cette atmosphère de fébrilité médiatique délirante autour des frères Gallagher que les Furries vont venir taper l'incruste en pleine fièvre brit pop. Le groupe gallois frappe d'entrée très fort avec son premier album Fuzzy Logic, en 1996. Déjà expérimenté, il pratique une pop rock à guitares classique et avec une vision à 360 degrés. Les sons electro sont toujours prêts à s'inviter à la fête. L'album fait bonne impression dans la presse comme dans les charts. L'époque est en demande de nouveaux groupes à guitares prêts à jouer de la compet' hebdomadaire. Pour nourrir ce public britannique pris de gloutonnerie, les Gallois jouent plus ou moins le jeu mais le résultat est hors cadre. Pour preuve, The Man Don't Give A Fuck, single publié hors album et premier vrai classique du groupe. Depuis la pochette jusqu'au sample du ShowBizz Kids des pestiférés Steely Dan, les Gallois montrent que leur discothèque va bien plus loin que les Jam, Bowie et autres Beatles qui font le pain quotidien de leurs contemporains se curant le nombril à la recherche de quelque chanson décente.
Là, c'est déjà l'explosion, plus en mode Primal Scream qu'Oasis. Le public rock est au rendez-vous et les animaux à fourrure se font un nom dans le landernau londonien. Le groupe va partir faire ses classes en tournée selon le vieux bizutage show-biz. C'est l'occasion aussi de faire évoluer les compositions au fil du temps. Pour célébrer l'herbe magique qu'on fume, les Furries placent Smokin' sur un EP paru entre deux albums. La chanson, avec sa rythmique bien lourde, son refrain à reprendre en choeur et des paroles mi-planantes mi-acides, emporte l'adhésion jusque chez les abstinents. Une perle de groove au chanvre.
Car les enfumés de SFA développent leur univers loin des dictats de la fin des années 1990. Après à la mort clinique du mouvement brit pop, avec la sortie du gras Be Here Now de Noel Gallagher et le rouleau compresseur Ok Computer, le rock anglais est pris d'une grosse gueule de bois. C'est l'heure de Travis, Embrace et autres Six By Seven. L'album Radiator et son ours rêveur marche dans les traces de l'album précédent. Considéré par les amateurs de la première heure comme la ruée vers l'or psychédélique, le premier chef-d'oeuvre du groupe. On retrouve d'ailleurs très vite nos amis poilus avec Northern Lites en 1999. Plagiste en diable, ce single imparable est issu du méconnu troisième album, Guerrilla. Ambiance caraïbe en plastique jaune, refrain idiot mais addiction immédiate.
D'une manière plus générale, ce troisième album ouvre de nouvelles voies à nos Gallois. Plus mélodiques, plus riches en influences diverses (tropicalia, le rock sixties-seventies), les SFA prennent de la distance avec le rock à grattes anglais des débuts. Comme d'habitude, l'album est gratifié d'une pochette fabuleusement laide - un poulpe guerrier, probablement un cousin des tortues ninjas. Tellement laide d'ailleurs, qu'on commence à penser que c'est dans le cahier des charges du groupe que de cacher leur fabuleuse créativité mélodique derrière des pochettes très régulièrement répugnantes. Si Guerrilla démontre que le groupe est là pour durer, son label Creation tire sa révérence à la même époque et le groupe est transféré dans l'écurie Epic, appartenant à la corporation Sony Music qui a fait main basse sur le catalogue du label légendaire. La brit pop est morte et il est temps d'entrer dans une nouvelle décennie, un nouveau siècle, un nouveau millénaire...
28/02/2011
Zardoz