super furry animals, odyssée et oracles - part.2 : fin de siècle

Intersidérant groupuscule d'action culturelle et musicale, les Gallois de Super Furry Animals chantent depuis près de deux décennies tout ce qui passe par leurs têtes perchées. Terroristes pataphysiciens, le quintet de Cardiff a profité de l'exposition médiatique et commerciale de la brit pop pour prendre son envol. Mais très loin des ambitions quelconques des Mansun et autres impasses Shed Seven, Gruff Rhys et ses pieds nickelés se sont très vite évadés des rues sordides du quotidien anglais pour aller courir sur la grande voie dorée de la pop solaire.Fin de siècle - les années Epic et Rough TradeAvec la fin du label légendaire Creation en 1999, et le rachat du contrat par la maison mère Sony, le nouveau siècle donne des idées aux SFA. Premier arrêt, un disque pop-rock MWNG, entièrement chanté dans la langue maternelle de Bryn Terfel. Une publication indie puisque sorti sur le label perso du groupe, Placid Causal. Sorte de Friends des Beach Boys mais chanté dans une langue venue de l'espace. On se laisse prendre par la musicalité naturelle du groupe et on oublie vite qu'on ne pipe mot à ce que chante Gruff. La réussite de l'exercice est telle que le disque rencontre un succès surprise dans les charts anglais dès sa sortie au printemps 2000. 

En 2001, les Super Furry Animals reviennent sur un gros label (Sony/Epic) et en profitent pour marquer le changement. Avec Rings Around The World, ils sortent leur premier magnus opus. Comme XTC, autre collectif frappa-dingue, avant eux, le groupe évolue à mesure que la palette d'influences s'élargit encore et que la musique prend des contours toujours plus majestueux. L'album conçu comme un blockbuster ludique et subversif empile les hits en puissance (la chanson titre, Juxtaposed With U, It's Not The End Of the World, tous des singles) entre soft rock calif' et techno surpuissante et perchée. Mais si on doit garder un seul monument de ce disque riche de milles surprises heureuses, ce serait Run Christian Run. Sur 7 minutes de space rock aquatique, les SFA invitent les cow-boys rêveurs à faire un tour dans leur navette spatiale.

Puis vint Phantom Power. Deux ans à peine après leurs débuts sur le label Epic, les Furries se déchainent en conséquence et surpassent du même fait leur précédent chef-d'oeuvre. Que dire du titre d'ouverture, Hello Sunshine ? Que c'est un classique ? Bien sûr ! Comme tous les classiques, il a le goût de l'évidence et l'endurance des oeuvres parfaites. Cette chanson est faite pour être reprise dans le monde entier, par les parents pour leurs enfants, par les amants séparés, dans toutes les langues et en karaoké si-vou-plé. Syd Matters en a fait sa meilleure chanson, c'est dire.
L'album est gavé jusqu'à la gueule de pop songs démesurées. Piccolo Snare, une "symphonie pour adolescents", invite les Beach Boys et les Beatles dans un choeur sans fin, une rivière de lumière descendue des cieux.
Si les deux albums précédents se sont bien vendus, le groupe n'est pas devenu aussi incontournable que le label le souhaitait. Le rock des années 2000, avec ses Converse et ses jeans slim, n'a pas grand-chose à dire aux cadets de l'espace que sont devenus les SFA. Sur Love Kraft, Gruff et ses amis poilus continuent de faire ce qu'ils savent faire de mieux : des chansons qui tuent ! Sur le titre d'ouverture, ZOOM, le groupe va piocher dans les grandes profondeurs de Surf's Up pour en ressortir un trésor englouti. On notera la fin très Melody Nelson du titre avec le choeur céleste en cerise sur le gâteau

Car on n'arrête pas un train en marche ! Avec la régularité d'un coucou suisse, les Furries produisent tous les 9 à 18 mois une quinzaine de chansons. Si le groupe n'est pas devenu le gros vendeur dont Sony rêvait, les cinq Gallois ont construit une relation de fidélité jamais démenti avec leur public et particulièrement auprès d'autres musiciens versés dans la recherche du graal pop. A ce sujet, la participation de Gruff Rhys à de nombreux projets est bien la preuve du respect et de l'admiration qu'inspirent les membres du groupe à leur contemporains. Un statut "culte" entretenu par la force d'une production régulièrement brillante.
La compile Songbook Vol.1, qui met fin à l'expérience Sony, rassemble les plus évidentes preuves du talent des SFA lors de la décennie passée. Une sympathique vue d'ensemble mais qui ne rend pas forcément une juste du travail du groupe. De retour dans maquis indé sur le légendaire label Rough Trade (Smiths, B&S), le groupe publie Hey Venus en 2007. Enregistré en terres gauloises, l'album est solide mais marque une sorte de routine. On retrouve malgré tout de très grandes chansons qu'il serait idiot de négliger. On note tout particulièrement le simili-tube Show Your Hand qui fera le bonheur de tous les amateurs de Paul Mac Cartney.Le dernier album, Dark Days/ Light Years, est un disque plus sombre, plus sobre mais pas moins bon que ses prédécesseurs. En 2009 comme en 1999, on retrouve ce mélange impayable de pochettes au graphisme atroce et de chansons rivalisant d'invention et de fantaisie. Placé en deuxième sur le disque, MT est la seconde meilleure chanson de marche du monde ! Une rythmique complètement glam, les cordes qui grincent et ce refrain qui vous infecte le cerveau. Encore une merveille.
Depuis on attend la suite des événements, qui ne devrait pas tarder. Car si entre chaque album en groupe, les Furries batifolent dans d'autres eaux, cela n'empêche jamais le redécollage de la navette pour de nouvelles aventures. Selon les observateurs du ciel, ils devraient entrer dans l'orbite terrestre au mitan de l'an 2011 avec l'album solo de Gruff Rhys, Hotel Shampoo.
03/03/2011
Zardoz