the auteurs - part.1: la politique des auteurs

Associé par les hasards du calendrier à la marée brit pop, Luke Haines a traversé les années 90 en outsider. Maitre et suzerain au sein des Auteurs, l'homme s'est fendu d'un ouvrage afin de pointer une idée pourtant assez claire : "Je n'ai rien à voir avec la Brit pop, Oasis, Blur, The Verve et tous les autres !!". L'ouvrage justement titré "Bad Vides" (2009) dresse une série de portraits impayables des acteurs de la Grande Escroquerie du Rock'n'roll version 1995. Acide, agressif et toujours parfaitement maître de son sujet, le pamphlétaire Luke Haines n'est jamais très loin du songwriter Luke Haines. Celui qui a été un jour surnommé le "Adolf Hitler de la Brit Pop", a écrit l'un des répertoires les plus passionnants et émouvants du rock anglais contemporain. En quatre albums avec The Auteurs, un side project frappadingue Baader Meinhoff et les aventures extra-conjugales avec Black Box Recorder, Luke Haines s'est invité à la table des hautes instances du rock teigneux et tendre. La Politique des Auteurs à 1992-1999Quand sort New Wave, le premier album des Auteurs en 1993, Luke Haines a déjà pas mal galéré. Amoureux d'un rock sec et littéraire, en directe ligne de Lou Reed, The Fall et Bowie, il a survécu à l'échec de son premier groupe The Servants. Comme d'autres (Pulp), il traine son échec relatif en espérant pouvoir enregistrer un jour peut être un autre disque maxi, voire même album. Abonné à une certaine lose indie typique de la fin de règne Thatcher, Luke Haines ne semble pas prêt à dominer le monde. Pas qu'il serait contre. Le mec est de cette race d'intellos teigneux qui cachent leur romantisme naïf derrière un verbiage acide. Et l'hypertrophie de l'égo leur est certainement un trait commun. Mais quand Luke Haines décide de monter un groupe en 1991, il sait qu'il a dans la manche un paquet de chansons qu'il serait criminel de laisser mourir dans un placard. C'est armé de ces morceaux, d'un groupe de potes et d'un nom à la fois cinéphile et francophile, que Luke Haines réussit sa transformation de looser aigri à rock star à succès. La presse anglaise (Melody Maker, NME) et européenne (tout particulièrement Les Inrocks) fait un triomphe romain aux Auteurs et à leur rock à la fois classique et nerveux, érudit et populaire. Quand le premier album New Wave (forcément) est publié en 1993, les feux passent au vert pour les Auteurs. Mis dans le même sac que Suede, ils sont immédiatement assimilés à un renouveau du rock britannique, en opposition frontale avec le Grunge et l'ensemble du rock américain. 20 ans après ou presque, le disque reste l'une des réussites du rock anglais des années 90. Gorgé jusqu'à la garde de chansons imparables, le premier album des Auteurs est surement le plus facile point d'entrée discographique. ShowGirl, Bail Out, Starstruck, American Guitars, Luke Haines conjugue sa grammaire rock avec tant de facilité qu'il gagne à chaque fois. Loin du son post acid des Primal Scream, le groupe descend du Velvet Underground et des Go Betweens. Et l'on fond devant tant d'assurance et de classe. S'écouter Showgirl pour la millionième fois et toujours se trouver sur le cul quand vient la pause avant le break... On s'étonne que si peu de monde en parle avec des trémolos dans la voix, tant ce New Wave est un premier album absolument bluffant. Et en plus, il a plutôt bien fonctionné commercialement, ce qui fait toujours plaisir. Showgirl
Les Auteurs auront même l'honneur de participer aux Mercury Prize pour sa première édition. C'est Suede et son succès massif qui raflera la mise et Luke Haines commencera à faire parler de lui comme d'un misanthrope fini venu gâcher la fête de l'industrie phonographique. Il n'aura jamais assez de mépris pour tous les arrivistes et les gommeux venus faire leurs roitelets dans la presse musicale et dans les charts. Il faut lire ses attaques en règle des broussailleux Gallagher ou de The Verve dans son autobiographie "Bad Vibes". Le deuxième album des Auteurs est rapidement en route suite au succès du premier. Comme d'autres seconds albums, il est souvent jugé à l'aune de la réussite du premier. Le syndrome du cadet. Pourtant, le temps à rendu justice à Now I'm A Cowboy. Introduit par le plus gros succès single du groupe, Lenny Valentino, le disque aligne des merveilles d'écriture comme New French Girlfriend, I'm a Rich Man Toy, Chinese Bakery. Un casting de luxe qui fait le sel de cet album où perce les peurs et angoisses de son auteur.Lenny Valentino
Luke Haines vivra la brit pop dans l'œil du cyclone. Installé à Camdem town, en plein cœur du phénomène, voisin de toute la scène et ses animateurs, il s'isolera du reste de l'époque pour travailler au cours de l'année 95 puis 96, à deux disques qui bien que distincts resteront comme ses œuvres les plus réussis : After Murder Park, troisième album des Auteurs et le projet Baader Meinhof.Enregistré avec l'aide du légendaire Steve Albini (Pixies, Nirvana et tellement d'autres que c'est même pas drôle), After Murder Park est le second chef d'œuvre des Auteurs, après leur premier album. Le disque traite de sujets aussi gais que le meurtre d'enfant, la mort par le feu en avion. Une humeur noire à des années lumières des Spice Girls et de Robbie Williams. La rencontre entre le grand manitou ricain et le vilain anglais se tient à Abbey Road, mais le disque est à des années lumières de la luxuriance sonore coutumière des lieux. Spartiate, sobre voire puritain, le son des Auteurs se fait plus anthracite et glacial. Ce n'est pas encore Joy Division mais on est déjà loin de la pop de New Wave quand même. Le disque est bien évidemment une réussite. On retrouve le groupe à son meilleur, le violoncelliste est devenu préposé aux claviers et les humeurs dépressives du leader maximo, Luke Haines, donnent naissance à ce monstre d'album. Certaines personnes voient dans After Murder Park le meilleur disque de l'époque. Ils n'ont peut être pas tort !Light Aircraft on Fire
Après la réussite artistique du troisième album et son modeste parcours commercial, les Auteurs sont mis en sommeil par leur créateur. Celui-ci préfère un temps rejoindre John Moore (ex-Jesus & Mary Chain) et Sarah Nixey et former Black Box Recorder. C'est en 1999 que les Auteurs refont parler d'eux avec How I Learned to Love The Bootboys. Le quatrième album des Auteurs est aussi le plus faible. Retrouvant son groupe, Luke Haines manque pourtant de ressources pour ce come-back ait une chance dans la période post OK Computer. Pourtant The Rubettes, le single, est très bien. Esthétiquement, Luke Haines se place dans l'esprit du projet Denim de l'ex-Felt Lawrence, mais dans l'ensemble c'est quand même un poil en dessous. The Rubettes
C'est dommage car c'est aussi le dernier album à proprement parler du groupe. Luke multipliera les projets mais laissera les Auteurs disparaître à ce moment là. Il réutilisera les chansons du groupe à d'autres occasions mais il semble qu'il ait choisi de ne pas nous faire le coup de la reformation. Du moins jusqu'à présent.
14/03/2011
Zardoz