the auteurs - part.2: l’armée des ombres

Associé par les hasards du calendrier à la marée brit pop, Luke Haines a traversé les années 90 en outsider. Maitre et suzerain au sein des Auteurs, l'homme s'est fendu d'un ouvrage afin de pointer une idée pourtant assez claire : "Je n'ai rien à voir avec la Brit pop, Oasis, Blur, The Verve et tous les autres !!". L'ouvrage justement titré "Bad Vides" (2009) dresse une série de portraits impayables des acteurs de la Grande Escroquerie du Rock'n'roll version 1995. Acide, agressif et toujours parfaitement maître de son sujet, le pamphlétaire Luke Haines n'est jamais très loin du songwriter Luke Haines. Celui qui a été un jour surnommé le "Adolf Hitler de la Brit Pop", a écrit l'un des répertoires les plus passionnants et émouvants du rock anglais contemporain. En quatre albums avec The Auteurs, un side project frappadingue Baader Meinhof et les aventures extra-conjugales avec Black Box Recorder, Luke Haines s'est invité à la table des hautes instances du rock teigneux et tendre.L'armée des Ombres - 1996-2011On l'a vu, Luke Haines est un garçon assez infidèle, qui préfère n'en faire qu'à sa tête. Son label, Hut, était particulièrement compréhensif avec ses lubies, ce qui lui a permis de produire en parallèle des Auteurs une discographie alternative tout aussi riche, même si moins immédiate.On commence donc par ce que Luke Haines considère comme son troisième chef d'oeuvre après New Wave et After Murder Park, Baader Meinhof publié en 1996. Et le pire c'est que le mec a raison. Ce disque aussi étrange qu'il soit, est une authentique merveille. Vague concept album basé autour des personnages de la Fraction Armée Rouge qui fit parler la poudre en RFA dans les années 70, le disque marque les retrouvailles de Luke Haines en solo avec le producteur qui officiait sur New Wave. Vraiment difficile d'ailleurs de voir une quelconque ressemblance entre les deux disques. Baader Meinhof ne répond à aucun des codes de l'époque alors plongée dans le pillage des Small Faces et des Who. La chanson titre, qui apparait deux fois, en intro et en outro, est un hit absolu avec ces vers introductifs digne de Johnny Rotten : "You make the cops look dumb, you make the cops feel fine... " Luke Haines ne raconte rien mais il joue brillamment avec les codes du terrorisme 70's. On le retrouve en train de narrer un transport en cargo vers la Jordanie dans la nuit rwandaise avec Mogadishu. Puis il masque les incohérences du projet par des instrumentaux un peu plats et autres chansons bouches trou. Mais le disque, par sa fulgurance, son univers de désillusions post-sixties, emporte le morceau. Un cousin pâle et roux du chef d'oeuvre délirant de Sly Stone, There's A Riot Goin' On. C'est peut être un peu fort mais c'est assez juste. Baader Meinhof
Autre arrêt obligatoire dans la discographie de notre unlucky Luke, Black Box Recorder, soit deux pervers et une beauté anglaise. Formé au lendemain de la tournée After Murder Park, le groupe permet à Luke Haines de se faire une nouvelle virginité en faisant alliance avec John Moore, l'ancien porte-flingue des Frères Reid de Jesus & Mary Chain et la délicieuse Sarah Nivey. Le premier album, England Made Me de 1998, rompt avec les habitudes des Auteurs et se révèlent très loin aussi de Baader Meinhof. Le son du groupe joue volontiers la carte de la pop délicate et de la séduction immédiate de la voix de Sarah. La chanson titre est un bonbon acidulé comme seul les sujets de la couronne en maitrisent vraiment la recette. Child Psychology est une autre preuve de la réussite de cet album en ménage à trois. England made Me
A la suite de ce premier essai, que je considère comme le plus probant, le groupe produira un second disque Facts Of Life en 2000 qui rencontrera un succès surprise avec la chanson titre qui entre dans les charts. Puis une compile de raretés l'année suivante sous le titre de Worst Of The Black Box Recorder. Là encore le charme opère mais on commence à connaitre la recette. Reste cette étrange reprise du Rock'n'roll Suicide de la reine mère David Bowie.Rock'n'roll Suicide
Le succès très relatif du disque met à mal le trio, ce qui n'empêche pas Luke Haines de travailler. Ainsi, on compte déjà un gros brelan d'album solo (Oliver Twist Manifesto en 2001, Off My Rocker at the Art School Bop 2006 et enfin 21st century Man en 2010), plus une BO pour le film Christie Malry's Own Double-Entry. Soyons direct : Y a pas grand-chose à y trouver. C'est intelligent, bien pensé, quelques fois engageant même mais on est à des lieux de l'élégance et de la nervosité des disques de la période Brit-pop. Reste que l'homme a déjà commencé l'édification de son propre mausolée avec des compilations en hommage à son propre talent.La première, Das Kapital datée de 2003 est une sorte de Best of/Tribute des Auteurs et de Luke Haines enregistré par Luke Haines lui-même. On y retrouve tous les classiques du groupe plus des choses venues de Baader Meinhoff et des inédits pas très intéressants réarrangés pour l'occasion. On se doute que l'Auteur en chef a refusé l'idée du simple Greatest Hits et à préférer cette démarche décalée. Au final, le disque vit plus par sa pochette et son titre que par son contenu. Plus intéressant, plus riche et finalement indispensable pour celles et ceux qui sont sous le charme des auteurs, Luke Haines Is Dead. Un triple CD de 2005, publié par Hut, le label du groupe, en hommage au talent du bonhomme et du groupe. Face B, BBC sessions, versions single, prises alternatives ou chansons inédites, c'est un vrai régal. Peut être pas forcément le meilleur moyen de découvrir mais certainement une pièce nécessaire à l'amateur. On voit toute la force créatrice de Luke Haines et l'incroyable faculté de son groupe à rendre lumineuses les humeurs et aigreurs de son leader. En réécoutant ces disques, qui piochent dans un répertoire aussi pléthorique que brillant, on prend la mesure de certaines injustices au moment de rendre les médailles commémoratives.
16/03/2011
Zardoz