the byrds, part. 3 : gene clark, silver raven

Moins culte que Gram Parsons, moins endurant que Neil Young, Gene Clark a laissé une empreinte trop discrète dans l'histoire du rock américain. Son talent lui, ne souffre pourtant d'aucun rival. Séance de rattrapage.Un beau brun, grand et costaud, aux épaules carrées avec un look de Prince Vaillant sous cannabis, Harold Eugene Clark est un fils de l'Amérique rurale. Né dans une ferme du Missouri, Gene Clark vient d'une famille nombreuse, pauvre et croyante. C'est aussi une famille de musiciens country et folk. Le jeune garçon embrasse très vite une carrière de musicien afin de sortir de son trou agricole. Et comme la moitié des jeunes musiciens du monde occidental, il a vu le futur de la musique populaire dans le film des Beatles, Hard Day's Night. Suite à cette révélation liverpuldienne, il prend son bâton de pèlerin et suit le chemin qui mène vers l'ouest. Direction la Californie du Sud, Hollywood et Sunset Strip. Gene goes to Hollywood. Comme Elvis, Frank et tant d'autres. Sur place il fait quasi instantanément la connaissance d'un jeune chanteur et guitariste venu de Chicago, Jim McGuinn. Au Troubadour, un jour de 1964, ils se retrouvent en duo sur le répertoire du Fab Four et les classiques de la scène folk d'alors. Rejoints rapidement par le régional de l'étape, David Crosby, c'est en trio qu'ils attirent l'attention de Jim Dickson du label CBS qui leur apporte la section rythmique composée de Chris Hillman à la basse et Michael Clarke à la batterie. En quelques mois, le jeune quintet devient LA réponse américaine aux Beatles sur la force de leur single numero 1, Mister Tambourine Man. Avant de connaitre ce succès éclair, les oyseaux avaient enregistré un paquet de chansons. Rassemblées sous le titre Preflyte Sessions, ces documents permettent d'entendre You Showed Me, une merveille signée Clark/ McGuinn et bientôt reprise par les Turtles - et samplée par DelaSoul encore bien plus tard.You Showed Me - (Preflyte Sessions, 1964)Sur scène, Gene Clark c'est le gars qui ne sourit pas, tapant sur son tambourin. Un rôle un peu mineur donc. Mais en studio, c'est une autre histoire. Il est le principal compositeur du groupe. Sur les premiers albums du quintet 1965 il se taille la part du lion avec des compositions sous haute influence anglaise et des choses aussi belles que She Don't Care About Time, Won't Be Long, The World Turns All Around Her, Set You Free This Time. Autant de merveilles qui voient le jour à un rythme affolant. Leurs principaux rivaux dans les charts, Beach Boys et Beatles, reconnaissent rapidement les Byrds comme leurs égaux et ne manquent pas de remarquer l'écriture complexe et raffinée de Gene Clark.The Byrds - She Don't Care About Time (Turn, Turn, Turn, 1965)Pourtant les choses ne sont pas toutes roses dans le camp des oyseaux. Le succès n'a pas apaisé les doutes, ni les ambitions individuelles. Bien qu'ayant participé activement aux sessions du troisième album à la fin 1966, Gene Clark quitte le nid pour s'envoler en solo au début 1967. Il laisse derrière lui le révolutionnaire Eight Miles High, grand saut dans l'inconnu psychédélique. Les raisons exactes de ce départ semblent difficiles à mettre à jour mais il semble que les jalousies internes conjuguées aux dépressions chroniques du jeune chanteur, ont eu raison de ses ambitions de leader.Après ce départ précipité du groupe alors au top des charts, CBS/Columbia signe immédiatement l'oiseau abandonné pour un deal en solo. Le label pense avoir là une star incontournable en devenir. Et à l'écoute de son premier album solo Gene Clark & The Gosdin Bros., on se rend compte que les chansons parues sur les albums des Byrds n'étaient qu'une simple mise en jambe. Le disque dégueule de chansons irréelles, belles à pleurer entre rock baroque (Echoes et ses divagations d'un simple paysan perdu sur le Sunset Strip), du Rubber Soul joué par des as de la country (Tried So Hard), du garage-rock mélodieux (Elevator Operator) ou encore de la sunshine pop produite par le culte Curt Boettcher (Only Colombe, single avorté mais offert en bonus sur la rééd' CD chez Sundazed). Ce disque est un chef d'oeuvre du rock californien de l'époque ! Et quand on sait quel est le niveau moyen, on vous laisse imaginer l'excellence qui déboule sur nos tympans reconnaissants.Gene Clark - Echoes (Gene Clark & the Gosdin Bros., 1966)Avec un disque pareil sous les bras et le soutien de CBS, Gene Clark se devait de devenir une star incontestable. Là encore, comme dans les meilleures histoires de perdant magnifique, la roue de la fortune tourna dans le sens contraire. Sorti le même jour que le Younger Than Yesterday de ses anciens comparses, le disque ne fut pas correctement promu et resta l'affaire d'une minuscule coterie californienne. En outre, le disque fut publié en plein été psychédélique, soit le pire timing pour un disque de pop aux relents folk et country. Avant et après, celui-ci aurait rencontré son public mais là, c'est râpé. Cet échec va toucher profondément son auteur. Gene Clark est si chamboulé qu'il revient faire une pige chez ses anciens amis à l'occasion du départ acrimonieux de David Crosby fin 1968. Ce passage sera éclair et on n'en gardera aucun souvenir si ce n'est un playback télévisé pour le nostalgique Goin' Back de Goffin & King.The Byrds - Goin' Back (Notorious Byrd Bros, 1967)

Suite à cet arrêt au stand et quelques enregistrements inédits, Gene Clark reprend sa route et décide de faire équipe avec le banjoïste Doug Dillard, vétéran de la scène country californienne. En 1969 puis 1970, le duo sort deux albums, The Fantastic Expedition of... et Through The Morning, Through The Night chez A&M. Les disques sont bons, surtout le premier, et repose sur un mélange d'originaux de Clark et de reprises en tout genre. Malheureusement, bien que la qualité de la musique soit évidente, le groupe ne tient pas la toile face à la concurrence de l'époque dans le genre rock à racines. La scène rock à partir de 1968, laisse tomber les fleurs et le psychédélisme pour lentement mais sûrement revenir aux fondamentaux. Derrière Dylan et le Band, tout le monde retourne à la ferme. Les Byrds sortent le classique Sweetheart Of Rodeo, souvent considéré comme lte de naissance du country rock. L'ex-Buffalo Springfield Neil Young plonge son garage rock impressionniste avec une bonne dose de country-folk et se fait nom pour lui-même. Même les Beatles parlent de "Get Back" et les Stones ne sont pas en reste quand ils ressortent les musiques sudistes pour leur quatuor d'albums majeurs de 1968 à 1972. Et là, on ne parle que des gros poissons, des premiers de cordée. Bien que posant les bases du délirant succès des futurs Eagles, Gene Clark fait une fois de plus chou blanc.A suivre...Gene Clark & Doug Dillard - The Radio Song (The Fantastic Expedition of..., 1968)Retrouvez toute la saga Byrds dans notre somptueux cahier California Dreaming...
24/10/2011
Zardoz