the byrds, part. 4 : gene clark, this byrd has flown
Après l'enregistrement de deux trois séances pour un album en Hollande, Roadmaster, il fera de nouveau alliance avec ses vieux comparses des Byrds pour un disque réunissant le quintet original. Le disque est un échec, tout particulièrement au niveau artistique. Personne ne donne rien de valable parce que chacun doit garder le meilleur pour sa carrière solo. Divisés une nouvelle fois, les Byrds se plantent salement et sont à peine sauvés par la production de Gene Clark. Moins radin de son talent, et surtout conscient de l'occasion à saisir, il offre Full Circle et Changing Heart, deux magnifiques compositions parfaitement chantées. Et c'est assez naturellement qu'il est signé pour un contrat chez Asylum, le label de David Geffen. The Byrds - Full Circle (Byrds, 1973)Avec la signature du contrat avec Asylum, Gene Clark se lance dans son aventure la plus belle mais aussi la plus triste. Avec No Other, l'ex-fan des sixties décide de marquer son retour sur le devant de la scène par son album le plus démesuré, le plus baroque. Enregistré avec l'aide d'un certain Thomas Jefferson Kaye, No Other est une superproduction hollywoodienne où l'on retrouve le commun des musiciens de studio d'alors. Meringué quelques fois au-delà du raisonnable, le disque se résume à seulement 8 chansons. Mais quelles chansons ! Gene Clark veut du gros, du lourd, du massif. Après la discrétion janséniste de son précédent album, l'ex-Byrd se lâche dans le barnum avec percussion funk, synthés prog et chœurs gospel. Et ça c'est juste pour la chanson titre. Tous les morceaux ressemblent à des ballades country jouées par le Pink Floyd de Dark Side Of The Moon.En 1973, Gene Clark se dit transfiguré par l'écoute de Innervisions de Stevie Wonder et Goat's Head Soup des Stones. Même si No Other ne sonne comme aucun de ses albums, il y a pourtant bien une sorte familiarité entre eux. Une sorte de sentiment patraque de fête qui dure un peu trop longtemps. Un voile de cocaïne qui donne des ailes mais pas de cœur, est tombé sur le disque. Gene Clark affronte ses démons en les mettant en scène. Dépression, addictions, fuite du temps, l'impossible transcendance. L'homme, peu connu pour son amour des livres, est pourtant un auteur lettré et touchant. Sa voix de jeune premier est encore là, mais la vie lui a repris l'innocente fraicheur qui transpirait sur ses disques de jeunesse. Silver Raven, Some Misunderstanding, Lady Of the North, Strengh Of Strings, le disque est un immense monstre, triste et beau. Une œuvre unique perdue dans l'océan du son californien d'époque. Car, et c'est devenu une habitude, le disque est un non-événement. Comme pour les chefs-d'œuvre de Big Star à peu près au même moment, personne à l'époque n'est prêt à laisser une chance à un tel disque. Gene Clark, No Other (No Other, 1974)Gene Clark est anéanti par la réception critique et publique de son chef d'œuvre. David Geffen déteste le disque et refuse de le promouvoir. Il a bien d'autres chats plus rentables à fouetter. Car c'est au moment même où les Eagles deviennent énormes avec le style de musique qu'il a imaginé que Gene Clark disparait presque totalement de la circulation. En 1977, il réussit à sortir un dernier album sur une major. Avec le pas vilain Two sides To Every Story, il reprend un son rock country assez standard et écrit quelques très belles choses comme Silent Crusade ou Past Adresses. Mais le mal est fait. Gene Clark se retrouve avec McGuinn et Hillman, en duo ou trio, car eux aussi sont un peu perdus au milieu de la New Wave. Ils n'ont pas grand-chose à dire et les albums d'époque du trio byrdien ne valent pas grand-chose mais ils sont encore capables de donner des versions magnifiques de leurs chef d'œuvres passés. On se fait donc un petit plaisir avec Train Leaves Here This Morning sur la scène du club Bottom End de NYC en plein été 1977. Roger Mc Guinn & Gene Clark, Train Leaves Here This Morning (live at The Bottom End, 1977)Fracassé par les excès de drogues et d'alcool, Gene Clark n'est plus rien au début des années 80. Il disparait du music business pour de bon. Il continue pourtant d'écrire et d'enregistrer ses chansons sous forme de démos. Mais pour la plupart celles-ci resteront dans les tiroirs car plus personne ne veut d'un vieil has been alcoolo. De nombreux projets sont montés puis très vite abandonnés au profit de la dive bouteille. Pourtant, en 1987, Gene Clark réapparait sur les écrans et dans les charts américains. Cette fois c'est un quadragénaire abimé mais toujours beau qui vient harmoniser avec une certain Carla Olson. Avec un bon gros son country-rock propre sur lui, le duo très eighties réussit à enregistrer un album qui se vendra pas si mal. Gene Clark & Carla Olson - Fair & Tender Ladies (So Rebellious Lover, 1987)La suite semblait aller pour le mieux. Accueilli en 1991 avec les Byrds au Rock'n'roll Hall of Fame, on pouvait penser que la période qui s'ouvrait aller offrir l'occasion de réhabiliter ce très grand chanteur et auteur compositeur. Mais ce ne fut pas le cas. Sa mort allait stopper toutes les promesses d'avenir dans l'instant. Décédé à un âge où les rockers morts ne font plus des légendes, il aura fallu le travail patient de fans et de musiciens amis pour que ses disques solo et autres soient enfin réédités et accessibles à tous. Comme pour Dennis Wilson et son Pacific Ocean Blue, le temps a permis au monde de vraiment pouvoir apprécier la beauté unique de la musique de Gene Clark. Un talent comme aucun autre.
