the high llamas - part.2 : le temple du soleil

On reproche généralement aux High Llamas d'être prisonniers d'un univers musical que beaucoup réduisent à sa portion congrue: atmosphère retro, easy listening nourrie aux Beach Boys, Birds, Bossa, Samba, Tropicalia et aux BO 60s. Au contraire. Depuis 20 ans, ce groupe transcende avec talent références et styles, dessinant par petites touches une oeuvre musicale singulière et lumineuse. Retour sur les vies musicales de Sean O'Hagan, grand architecte des High Llamas. En quittant Microdisney, Cathal Coughlan fond Fatima Mansions et emporte avec lui la faveur des médias. Coughlan fait du bruit, amuse ou agace, mais il existe. Le discret Sean O'Hagan se retrouve bien seul. Il se remet doucement à l'ouvrage dans l'indifférence générale. En guise de thérapie, il livre un premier travail qui le recentre au coeur de sa culture musicale. Avec High Llamas (Demon, 1990), signé sous son nom, il dépose un premier bouquet au pied de la statue du commandeur et se décide à assumer son panthéon personnel : Brian Wilson, Robert Wyatt, Alex Chilton, Shuggie Otis, Love... En pleine explosion grunge, l'album passe inaperçu mais a le mérite de lancer le projet High Llamas.O'Hagan garde le nom et rassemble quelques musiciens avec Jon Fell, ex bassiste de Microdisney. Apricots, LP de 6 titres, est repéré par Vogue, qui le sort en 1992 agrémenté de 4 titres sous le nom Santa Barbara. Très Chiltonien, on y trouve déjà quelques perles : Apricots, The Taximan's daughter, Holland... 

Du bel ouvrage, mais encore rien comparé à ce qui arrive.Gideon Gay (V2, 1994) est à mon sens un grand album bien vite oublié. Fait essentiellement avec beaucoup de talent et du fraiche (l'album n'a coûté que 40 000 francs), Gideon Gay est un hommage absolument évident et réussi aux productions wilsoniennes (claviers sixties sur le temps, mute basse à la Carol Kaye, subtils arrangements de cordes, longues notes de violoncelle, choeurs, batteries épurées) avec une vraie couleur post-rock. Les 25 premières minutes sont intouchables avec de vrais moments de perfection : Giddy and Gay ; Checking In, Checking Out ; Up in the Hills... Gideon Gaye permet aux High Llamas de poser leur signature harmonique et de fixer leur identité sonore.

29 morceaux, 77 minutes, Hawaii (V2, 1996) est un Léviathan, à la mesure de la passion évidente de Sean O'Hagan pour les Beach Boys : l'album est une synthèse de Smile, Friends, 20/20, Sunflower et Surf's Up. Précisons tout de même avant d'aller plus loin que Bruce Johnston, après l'avoir écouté, déclare que Sean O'Hagan serait le seul musicien aujourd'hui capable de produire un album des Beach Boys. L'intéressé sera d'ailleurs convoqué en Californie pour concrétiser ce projet autour des survivants, pour une fois rassemblés autour d'un nom. Le projet ne verra pas le jour (nous parlons des Beach Boys, rappelons le) mais illustre le degrés de reconnaissance atteint par Sean O'Hagan avec Hawaii.


  Difficile faire sortir des morceaux de cet ensemble ultra cohérent. Disons que j'ai une préférence toute personnelle pour Ill-fitting Suits, Dressing Up The Old Dakota et Peppy, qui ne sont pas les meilleurs moments du disque, mais les morceaux qui pourraient prétendre à une existence hors de l'album. Monstrueux, unique, génial, s'il a toutes les caractéristiques d'un album des Beach Boys, c'est une oeuvre véritablement originale.

  Avec Hawaii, Sean O'Hagan s'impose comme le gardien du temple érigé à la gloire de Brian Wilson, cette religion qui place les Beach Boys au sommet de l'avant garde musicale du XXe siècle. En 1997, c'est lui qui signe l'article des Inrockuptibles présentant la sortie du coffret Pet Sounds. Ce costume de musicien talentueux en décalage avec son époque lui va comme un gant. Si les High Llamas ne sont pas de gros vendeurs, leurs talents sont reconnus et appréciés. Sean O'Hagan a d'ailleurs assuré la production ou les arrangements de prestigieux collègues, dont Stereolab (longue et fructueuse collaboration), The Boo Radleys et Super Furry Animals.Stay tuned for more...
23/03/2011
Sugar Daddy