the jesus and mary chain, part 1 : bullshit brothers

25 ans après les faits, alors qu'on les réédite en version de luxe, les frangins de The Jesus & Mary Chain (reformés en 2007 mais inactifs un an après) n'ont pas sorti grand-chose de nouveau depuis treize ans. Leur musique est pourtant plus que jamais d'actualité : leur recette de pop tartare à base de distorsions, fuzz et autres pédales semble bien avoir fait des émules aux quatre coins du globe. Des groupes comme Glasvegas, Raveonettes, The Kills ou The Pain of Being Pure at Heart ont tous repris à leur compte les ficelles des frères Reid. Comme leurs héros du Velvet ou des Beach Boys, les écossais sont devenus un groupe culte. Notre Homme de l'Atlantide vous explique pourquoi.Just Like HoneyAu milieu des années 80, la new-wave cédait la place aux "Nouveaux Romantiques". Cette bande de garçons mal coiffés mal habillés avait quelque peu oublié leurs guitares au profit de synthés en toc. C'est au milieu de ce désert esthétique que The Jesus And Mary Chain ont ramené au premier plan toute l'histoire du rock drogué et bruyant - la trinité Velvet, Stooges et Ramones - pour aller tacher les jupes des girl-groups sixties - à Shangri-Las - et envoyer les Beach Boys surfer sur un raz de marée de larsen et de fuzz. Les deux écossais d'East Killbride avaient été bénis du don unique de produire des sucettes pop avec des lames de rasoir dedans !! Avec leur look noir c'est noir et leurs touffes "Tahiti Bob", Jim et William Reid devinrent très vite les frères James du rock indie anglais, les hors-la-loi adorés. Cet art de la guitare qui grince comme une porte rouilée a enfanté jusqu'au Primary Colours. Pour preuve, ce chef d'oeuvre en forme de déclaration d'intention. Les concerts sont aussi courts que violents. Les interviews tirent sur tout et tout le monde et l'ensemble est orchestré par un jeune Alan McGee qui se prend pour Malcom McLaren - mais on lui pardonne pour les services rendus avec Creation Records. Leur premier long, Psychocandy, en 1985, est sans doute l'album le plus sale à avoir été en tête des charts anglais. Pour ceux qui ont été effrayés par la vidéo plus haut, les Reid ont vite mis un peu d'eau sucrée dans leur mur noise, comme pour mieux prouver qu'ils écrivent de vraies chansons avant de les passer au papier de verre....Just Like Honey, évidemment.
O'BrothersD'ailleurs, bien avant les Gallagher, les frangins Reid avaient déjà tout compris de la fraternité rock'n'roll. Relation amour-haine, répartition des rôles, discours égotistes : "on est les meilleurs, tout le reste c'est de la merde" (à part le Velvet - Les Beatles pour Oasis), argumenté en dépit du bon sens mais avec une morgue sans borne et l'aide de substances illégales... Le tout est enrobé de touchants sentiments fraternels : mon frère est un génie (à la sortie de l'album), j'ai envie de le massacrer (à la fin de la tournée).
Cours de bullshit chez Lenoir:A la différence des Sex Pistols, autre fameuse cellule pop terroriste, les JAMC ont été capables de survivre à un démarrage en trombe et à une réputation scandaleuse, généralement la meilleure recette pour aller droit dans le mur. Le virage du long terme s'appelle Darklands et sort deux ans après Psychocandy. Plus rock que pop, moins bruyant même si on est vraiment loin du rock FM, cet album au romantisme sombre est un second chef d'œuvre. Les deux singles cousins, April Skies et Happy When It Rains - dont Garbage se souviendra plus tard - sont des singles imparables. Le morceau titre est une ballade envoûtante. L'album regorge de trésors en pagaille: Cherry Came Too, Nine Million Rainy Days, About you...
Caramel aux ortiesUn an plus tard, sort la compilation Barbed Wire Kisses. Un disque incroyable qui rassemble les b-sides qui remplissaient leurs généreux singles jusqu'à présent. C'est là que j'ai pris le train JAMC en marche. Il sera ensuite bien difficile d'écouter encore Depeche Mode après une telle déflagration sonore. L'indie-rock devait être mon unique religion pour un bout de temps. En même temps, le single Sidewalking est une nouvelle claque : avec son groove lascif et hypnotique, c'est un bâton de réglisse qui vous colle au ciboulot pour longtemps.
Ici en version 2007, lors de la réunion surprise des frères-ennemis, cheveux courts, finies les tronches de moutons sous acide. Heureusement, une fois que vous êtes tellement accro que ce n'est plus assez, les frangins, avec un malsain plaisir, vous offrent une version longue : huit minutes à mâcher un caramel aux orties. Sidewalking:A suivre...
18/11/2011
L’Homme de l’Atlantide