the jesus and mary chain, part 2 : stoned and dethroned

Vers The Jesus and Mary Chain, part 1 : Bullshit BrothersDans la deuxième partie de leur carrière, les frères Reid ont beaucoup moins la cote, surtout dans la presse rock. Comme le titre de leur cinquième album semble l'indiquer (Stoned and Dethroned, donc), ça sent la gueule de bois et la fin de règne. Cette époque où leur patrie d'origine les boude est aussi celle de la percée américaine. Nous allons voir comment, contrairement aux Gallagher, cette période n'est pas une lente déchéance, et hormis quelques erreurs et autres morceaux indigestes, les trésors sont nombreux et méritent le détour.Difficile de trouver une section rythmique qui supporte les engueulades fraternelles ? Les Reid, comme sur Darklands, enregistrent avec une drum machine et, plutôt que de jouer la basse eux-mêmes, un synthé basse. Le son d'Automatic (1989) fait penser à un plat surgelé. Alors que leurs guitares sales ont engendré toute une progéniture (noisy-pop et shoegaze), JAMC relègue les siennes au second plan. Côté songwriting, l'abus de clichés rock'n'roll sur certains morceaux commence à lasser (Coast to Coast, Gimme Hell, Her Way of Praying - métaphore religieuse pour la fellation, franchement...) et la touche industrielle par-ci par-là ne convainc pas non plus (UV Ray). En pilotage automatique donc ? Pourtant, il y a de grands morceaux : Head on, repris par les Pixies, Blues From a Gun (regard noir mais sourire en coin: "I don't care about the state of my hair..."), Halfway to crazy qui aurait fait un beau single (trouvaille simple et géniale : "Tongue-tied and tied to the tongue"), l'acoustique Drop et la reprise de My Girl, trésor caché derrière un single.Il fallait s'y attendre, les guitares, sans doute la relation la plus stable des frangins, se sont fâchées de ce rôle de faire-valoir. Trois ans plus tard, aidées par une vraie batterie, elles remettent le rock au goût du jour, mais celui des 90s : le groove est différent, la tentation industrielle taquine encore (on a même un sample d'Einstürzende Neubauten), (Just Like) Honey est mort, arrêtez de réclamer un autre Psychocandy !! Ca commence plutôt mal avec ce premier single en ouverture : Reverence accumule les clichés pour une provocation ridicule et vide de sens ("I wanna die just like Jesus Christ, I wanna die just like JFK..."). Pourtant, hormis quelques autres pommes pourries (Sugar Ray), le panier regorge de fruits juteux : Far Gone and Out (encore une entrée comique : "I can't explain exactly what i'm doin' standin' in the rain..."), Rollercoaster et ses montagnes russes, le combustible Catchfire, Almost Gold ou Teenage Lust, qui se révèle vraiment en B-side, bien plus sexy une fois dénudée de ses habits cuir SM. Et puis, plus tard, à l'occasion de la compil Sound of Speed, le single Snakedriver, le bien-nommé avec ses guitares qui parlent le fourchelangue.1994, script : Les frères Reid trainent leur carapace de cuir dans le désert américain et le soir, au coin du feu, prennent leurs guitares sèches et chantent des chansons sur leurs amours qui foirent, la mort et la rédemption, aux lézards qui passent. C'est leur idée d'un album acoustique... mais les lézards s'en foutent et se barrent. Alors les frangins vont jusqu'au bled le plus proche, trouvent un bassiste et un batteur et font un album mi-campagne, mi-urbain, sans feedback, ni disto, mais orgue et harmonica. Et William de draguer la belle du saloon, Hope Sandoval, sur le sommet incontesté du disque, Sometimes Always. Saloon au comptoir duquel on trouve bien sûr Shane le Pogue-tron (pour le bluesy God Help me). La formule se décline sur 17 morceaux, sans lasser, prouvant encore une fois leur talent à faire beaucoup avec peu de moyens... Girlfriend et You've Been a Friend sont des pop bien roulées, Wish I Could ou Bullet Lovers méritent un détour aussi... Pour la première fois, les crédits sont séparés et on peut voir que William a presque tout composé. Faut-il y voir un mauvais signe ?En 1998, les frangins reviennent à leur rock plein de cambouis. Sorti deux ans plus tôt, I Hate Rock'n'Roll témoigne avec vigueur et humour d'une certaine lassitude du rock business : "I love the BBC, I love when they're pissin' on me". Jim répond sur Munki avec I Love Rock'n'Roll, pour rétablir l'équilibre. Les relations empirent entre nos deux teignes, qui ne sont plus capables d'être ensemble en studio ; heureusement, la section rythmique est stable et préserve la cohérence de l'album. Songwriting séparé, les frangins chantent chacun sur les chansons de l'autre, ce qui nous évite le sentiment d'écouter deux albums solos mélangés. Toujours avec la même formule minimaliste et bruyante, l'album regorge de surprises et de nouvelles pistes : la trompette ici et là, la frangine qui joue les Moe Tucker, le côté expérimental de certains morceaux, tout en revisitant leur passé (le single Crackin' Up ressemble à une version actualisée de leurs premiers morceaux).Une tournée galère s'ensuit et le groupe se sépare un an plus tard. Les frangins vont chacun de leur côté : Freeheat pour Jim, Lazycame pour William... mais on a oublié d'étudier ces dossiers là. Reformés en 2007 pour des concerts hautement anticipés, cette nouvelle incarnation ne produira que le titre All Things Must Pass pour la série Heroes. Inactif depuis trois ans, Jim vient de publier ce Black and Blues, sous son seul nom. Le savoir-faire est toujours là : Jim Reid - Black and Blues by jim reid
02/12/2011
L’Homme de l’Atlantide