Pour Noël 2011, la Rolling Stones Company offre un lifting Deluxe au tardif chef-d'oeuvre stonien, Some Girls de 1978. Avec inédits et plan media ad hoc, on repart faire un tour du côté du "Plus Grand Groupe de Rock'n'roll du Monde". En 1978, les Stones sont encore le Plus Grand Groupe de Rock'n'roll du monde. Mais plus pour longtemps. Les albums Goat Head Soup (1973) et It's Only Rock'n'roll (1974) ont clôturé la période Miller/Taylor avec un goût de rendez-vous manqué. Black'n'Blue, publié en 1976 malgré quelques moments, sonne toujours comme une débâcle en mode funky-reggae. Entre temps, l'année 1977 a marqué une rupture. La génération punk menée par les Pistols et Clash, a jeté le vieux monde aux orties. Les Stones, au même titre que les ex-Beatles, sont sommés de laisser la place. Face à un tel crime de lèse-majesté, un business plan est monté en vitesse dans le camp Stones. Mick Jagger prend les choses en main et fissa. Business as usual. Il décide que l'ambiance du disque à venir, urbaine et tendue, sera en prise directe avec la violence punk. Tout le monde doit se mettre en ordre de marche. Some Girls, c'est d'abord une réaction d'orgueil du vieux lion de Darford. Dans le même temps, Keith Richards a quelques démêlés avec la justice canadienne au sujet de sa consommation d'opiacés. Tatillonne, la police montée menace le bandit guitariste de passer le reste de ses jours derrière les barreaux d'une prison de l'Ontario. Pas cool pour mister coolissimo. Pourtant cette mésaventure malheureuse aux pays de MacGiver marque un véritable sursaut créatif chez le vieux pirate. Le dos au mur, il retrouve une concentration et une inspiration qui s'étaient diluées avec son mode de vie de junkie de luxe. Le guitariste est certes toujours le moteur musical des Stones mais cela semble être plus le fait de l'habitude que de sa créativité. Jagger avait déjà entrevu l'idée de faire appel à Ron Wood en cas d'empêchement de son guitariste. Et quand Mick Taylor prit la porte, c'est l'ami Ron wood qui entra enfin dans le cercle. Pour Keith, c'est l'occasion de retrouver une relation chaleureuse sur scène et en dehors avec un autre guitariste. Ron Wood, c'est le mec le plus notoirement sympa de la pop music. Le mec, il est pote avec toute l'aristocratie du rock et tout le monde ne dit que du bien de lui. Déjà ça c'est de la perf'. Et puis Ron Wood, contrairement à ce l'on peut lire depuis 30 ans, c'est loin d'être un naze. Certes, Ron n'est pas un virtuose, mais c'est l'un des plus beaux CV du rock anglais. Les Birds, Creation, puis Jeff Beck Group et enfin les Faces et Rod Stewart grande époque. Il maîtrise ses plans country à la fois virils et sensibles, et navigue aussi bien dans les balades folk acoustiques que sur un bon gros r'n'b des familles. L'homme connait son rock'n'roll sur le bout des doigts. A bien y repenser, Jagger a fait un bon mouv' au niveau gestion du personnel. Après des années d'errance question motivation au sein du groupe, on fait rentrer un mec avec un bon mental, capable de rester à sa place, de faire ce qu'on lui dit sans trop en demander. Une attitude humble et affamée qui remet les Stones dans la course juste à l'heure du punk et de la new wave.Réunis à Paris aux studios Pathé-Marconi, les Stones reviennent en vieux élégants dans la capitale de la jet set mondiale. Après les années funk et saucisses à Munich, le quintet retrouve l'ambiance électrique des bords de Seine. Un changement avantageux puisqu'en 2/3 mois, les Stones, qu'on dit paresseux, balancent une bonne cinquantaine de titres. Une vraie mine de diamants à ciel ouvert. Une réserve providentielle de morceaux qui nourrira les albums Emotional Rescue et Tattoo You, ainsi que de nombreux bootlegs. Des chansons rares ou inédites comme Yellow Cab, We Had It All ou Claudine. Autant de perles qui décrochent le papier peint et qui vont finalement venir agrémenter l'édition bonus. Offertes enfin dans des conditions décentes, ce sont bien évidemment ces inédits qui rendent l'achat de ladite version indispensable. Mais Some Girls, l'album, c'est encore autre chose. Concise et sans gras, la galette se résume à 10 titres et pas un de plus. Jagger et Cie ont ressorti le surin et tailladent leur rock au plus près de l'os. Sans temps morts et ni ratés, le disque frappe au plexus et enchaine au maxillaire. Le trio The Whip Comes Down, Respectable ou Lies sont une avalanche d'uppercuts, vicieux et brulants. Some Girls et Before You Make Me Run sont des joyaux de rock nerveux. Concentrés, les Stones montrent les dents. Le son est propre et carré, presque cinéma vérité, sans effets ostentatoires. Fini le voodoo monegasque de Exile on Main Street ou le son en pierre d'Albion de Let It Bleed. Ici tout est franc, solide. Tout sonne pro et carré sans pour autant émasculer le son du groupe. Mais le grand moment c'est Miss You. L'un des grands classiques certifié du quintet londonien. Certains ont gueulé à la trahison, à la putasserie commerciale. Disco contre Rock'n'roll. Derrière ce discours, il y a un racisme certain et une incompréhension totale de ce que sont les Stones. Cinq snobs qui ne joueraient pour rien au monde autre chose que de la musique noire, toutes les musiques noires. Les mecs jouaient du Marvin Gaye, du Sam Cooke, du Bobby Womack dès 1962. Miss You est un morceau immense, boucherie de riffs ébènes, groove d'airain, le Rock'n'roll est partout dans ce morceau vaguement disco.