tricatel - part.1 : ma rencontre
La Maison Tricatel En 1996, Bertrand Burgalat concrétise son rêve d'entrepreneur artisan quand il fonde Tricatel. Sa maison de pain d'épice, sa chocolaterie magique, le label est le fruit d'un long dessein. En reprenant une imagerie industrielle pop et mélangeant les ambitions du label El (de l'anglais Mike Always) et les références familières des de Funès du dimanche soir (en l'occurrence ici L'aile ou la cuisse), il crée un style unique. Un T sur la tranche comme une griffe, une marque, comme dans les coteries médiévales. Une approche mélant à la fois innocence et exigence. Tricatel, c'est la pratique élevée des musiques mineures. C'est Valérie Lemercier, sa compagne de l'époque, qui lance les hostilités avec son unique album, Chante, la même année. Le numéro 1 est gravé sur la tranche. le disque est un prototype. Mariant l'esprit de la variété bourgeoise française avec les sorties de pistes de l'anglais fou Joe Meek, Burgalat et Lemercier marque un territoire, pose un jalon pour le futur. Si le résultat est honorable dans l'ensemble, ce premier essai de la maison Tricatel est encore très encore très en deçà des monuments à venir. Chante reste 15 ans après, un album un peu guindé mais sympa. 95C, Valérie Lemercier Burgalat travaille en bande. Et les compétences de chacun se confondent avec l'amitié et la confiance. Tricatel est dès ses premiers pas l'aventure d'un petit nombre, mais de ce petit cercle sortira un catalogue aussi riche que libre. Tricatel impose tout de suite une ligne éditoriale iconoclaste, qui fait fi des catégorisations stériles. La liste des aventures entreprises par Burgalat impressionne très vite, et il assure sa présence sur de très nombreux projets en France comme à l'étranger comme pour faire monter la pression. Pression qu'il ne relâchera pas, puisque c'est en 1999 qu'il sort son premier album parfait, Chrominance Decoder signée à deux mains avec la fabuleuse chanteuse américaine April March. Superbagnères avec la reine April MarchChrominance Decoder est le premier sommet décroché par l'écurie Tricatel. La première victoire d'étape. Plus de 10 ans après, le premier album de Mlle March reste un bijou, une réussite d'alchimiste. Avec April, exilée américaine au pays des yé-yés, il transforme l'essai. La chanteuse est un animal rare. Délicat, sucré, gentiment suave, elle est le bonbon que cherche tout producteur de pop bubblegum. Une sucrerie ravageuse, à l'addiction spontanée, troublante. Burgalat saisit sa chance avec cette incroyable femme savante, érudite mais capable de feindre l'innocence avec tout le naturel du monde. Sugar est un single évident, une friandise rock monté en chantilly kraut. En remix comme en version album, le titre convainc et la dame s'en sort avec les honneurs. Elle épate sur Mon Petit Ami, un truc tellement simple et yéyé, qu'on se demande toujours comment elle fait pour pas tomber dans la bêtise crasse d'un Sheila ? Et puis Il y a cette merveille qu'est Garçon Glaçon. Tout simplement, une pop song divine. L'équilibre parfait. Le texte jaillit comme une eau de source dans la bouche de la belle, une douceur trompeuse, et cet arrangement luxueux et de bon gout, comme le charme discret de la bourgeoisie qui se fane sous des soleils psychédéliques. Chrominance Decoder regorge d'immenses moments de grâce. Burgalat joue à la poupée et dessine une pop chewing gum avec des échancrures électro et une coupe rétro rock psyché. Avec une forme de distance, Burgalat crée un univers chic et choc pour son exilée volontaire. Comme elle, Burgalat joue des identités, gratte le vernis des choses et cherche la présence humaine. A suivre...Garçon Glaçon, April March
