tricatel - part.2 : présence(s) humaine(s)
Avec l'album Chrominance Decoder en 1999, va s'ouvrir pour Burgalat et son équipe une période d'expansion tous azimuts. Un âge d'Or de la maison Tricatel commence et donnera naissance à une pleine couvée d'albums allant du brillant au légendaire. Une pleine saison riche en réussites artistiques majeures. Même si à l'époque comme aujourd'hui, les ventes de disques ne suivent malheureusement pas la courbe ascendante de la créativité. Une situation frustrante qui mettra sérieusement en balance l'avenir du label. Mais c'est déjà une autre histoire...Le son de la musiqueComme un jumeau masculin du Chrominace Decoder de la demoiselle américaine, The Sssounds Of Music en 2000 lance Bertrand en artiste solo. Même enchevêtrement de styles comme jetés négligemment dans la marmite Tricatel, même distanciation vocale, ce premier album solo reprend les choses là où April March les a laissés. C'est aussi le meilleur moment pour publier un recueil de chansons hors normes et hors cadres. François de Roubaix, Michel Colombier et l'inévitable JC Vannier (compère de Serge Gainsbourg sur Melody Nelson et autres merveilles du début des années 70), Burgalat fait appel aux grands et les mélange aux sonorités du Soft Machine de Robert Wyatt, le tout saupoudré par la patte des petits maîtres bubble gum pop. Fourre-tout iconoclaste mais jamais vulgaire, The Sssounds of Music tombe alors dans la case porteuse nommée French Touch. Entre Air et Daft Punk, il y a de la place pour une pop internationale aux couleurs electro, qui recycle le patrimoine pop hexagonal. Burgalat semble bien placé dans cette course à l'échalote. Pour preuve ce Gris Métal, signé de la main de Michel Houellebecq. La basse rythme les vagues, le doux roulis sous la lune, et la voix maladroite de Bertrand qui s'abîme sur un souvenir d'amour déjà lointain. L'observatoire ou Ma Rencontre, miniatures pop toutes de guingois et pourtant limpides. La chanson titre instrumentale est une nouvelle fois propulsée par une ligne de basse élastique, au son sec si typique du jazz français sixties. La douce pulsation se creuse peu à peu avant de décoller vers une sorte de dub psychédélique. Et bien sûr, on retrouve sur tout le disque la créativité de la guitare de Peter Von Poehl. Le suédois de Berlin est le seul renfort du maitre sur ce premier LP sous son propre nom. Avec lui, il va propulser Tricatel vers des horizons de plus en plus rock.Gris Métal, Bertrand Burgalat"Il faudrait que je meure ou que j'aille à la plage" (Michel H.)Présence Humaine est le disque de rock'n'roll de Michel Houellebecq. Publié à l'automne 2000, c'est probablement l'un des meilleurs disques du rock français. Après la réussite Gris Métal, le duo Burgalat-Houellebecq se concentre sur un album dont l'écrivain neurasthénique serait la vedette. Reprenant ses propres poèmes, Michel Houellebecq illumine tout cet album par sa maitrise et son aplomb. Le chanteur-débutant décrit son quotidien d'apocalypse calme à la faveur de longues jams entre Neil Young et Can. Son style vocal prend la forme étrange et mystérieuse d'un "rap mou". Loin de la pétulance des albums précédents signés par Burgalat, Présence Humaine est une suite de 10 motifs hypnotiques lorgnant vers le rock planant allemand, zébrés de guitares et de claviers montés en pression jusqu'à leur point d'implosion. Sur le tétanique morceau d'ouverture, Houellebecq, glaçant, est confronté à la guitare solaire de Richard Pinhas, soit le légendaire Heldon. Playa blanca, Paris Dourdan, les paninis au saumon, le disque saisit l'ambiance délétère de la fin de millénaire. Pièce centrale, Plein Eté s'étire sur 9 minutes dessinées en spirale, porté par l'attaque du duo de bretteurs Romain Humeau et Peter Van Poehl. Les effets minimalistes et répétitifs choisis par Burgalat donnent une coupe simple et claire au bolide qui turbine derrière Houellebecq. Car c'est un groupe de rock immense qui se forme lors de la tournée des plages à l'été 2000.Plein Été, Michel Houellebecq Le réveil du dragonUn bolide de groupe rock, racé et puissant, qui portera le nom d'AS Dragon. Et qui ne laisse pas Bertrand Burgalat insensible. Il se rend compte que ce groupe de musiciens est spécial. Et qu'il tient là une machine rock comme on n'en a que rarement vu sur les bords de Seine. C'est assez naturellement qu'il décide de refondre son jeune catalogue afin de le défendre sur scène, entouré de sa toute nouvelle garde prétorienne rock'n'roll.En décidant de publier les récits de ces nuits sauvages sous la forme d'un album live, Burgalat fête les noces de Tricatel avec le rock spatial. Bertrand Burgalat Meets A.S Dragon sort en 2001 et il résonne encore 10 ans plus tard. Ouvert par la reprise de Follow Me piqué à Amanda Lear, le disque slalome entre les classiques du répertoire Burgalat. Poussé aux fesses, Burgalat se lâche et la bossa ensoleillée de Ma Rencontre se transforme en course poursuite intrépide sur l'Autobahn. Sugar se retrouve propulsé par une rythmique de pur sang rock, en ligne directe du meilleur glam seventies. En clou du spectacle, on trouve cette reprise incroyable du Tears of a Clown de Smokey Robinson & the Miracles. Hommage de Burgalat à la plus grande maison pop qui soit, Motown. L'AS Dragon déchire le morceau. Maximum rythm'n'blues comme disait les vilains Who. Le disque est une magistrale claque. Un des très grands albums live qui soient, dans la tradition du Rock'n'Roll Animal de Lou Reed.Ma Rencontre, Bertrand Burgalat & AS DragonNaturellement une telle profusion de talent pur ne peut rester à l'ombre des projecteurs. Mais en 2001, la télévision française a autre chose à faire qu'à parler de rock'n'roll. Il y a le Loft de M6, et ça occupe pas mal de monde. Pourtant, sur Canal Jimmy, Manœuvre œuvre avec des potes à lui dans la confidentielle émission, Rock Press Club. L'occasion de faire rugir le Dragon pour le plaisir des téléspectateurs ché-bran. Avec ou sans le Count Indigo, le groupe fait mouche, manie puissance et élégance. Love Will Bring Us Back Together / Love Is The Drug, Bertrand Burgalat - Count Indigo - AS Dragon Avec le début des années 2000 et le changement inévitable d'époque, retour du rock à guitares après les années électro, Tricatel doit faire face à une nouvelle configuration du monde de la musique. Finis les falbalas de petit chouchou critique, les amitiés show-biz, bonjour la presse qui tourne les talons et les distributeurs à courte vue qui voient les retours s'empiler. Tricatel vit alors des moments difficiles. Pourtant face au destin retors, malgré les déceptions, les petits succès et les méchants échecs, l'équipe Burgalat reste fidèle à ses valeurs et ses engagements.
