tricatel - part.3 : club tricatel

Commodité commémorative oblige, on se jette sur l'occasion de parler ici de l'incroyable label Tricatel. Le label de Bertrand Burgalat a 15 ans. L'âge de déraison qui voit la publication d'une compilation Tricatel Rare en ce début avril 2011. Loin des objectifs à courte vue communs à la société du spectacle, Tricatel est devenu le synonyme d'une élégance jamais guindée, d'une nostalgie jamais rance. Depuis trois quinquennats pleins, Bertrand Burgalat drape d'une coupe aussi futuriste qu'érudite les pépites sorties des ateliers de son usine magique. Vers la première partie ; vers la deuxième partie... Vendanges TardivesTriggers sort en 2003. Sur la pochette rose poudrée, le visage de la dame April, jolie comme le printemps. La seconde création du duo April March-Bertrand Burgalat. Plus mature, moins pop et sucré que son prédécesseur, Triggers est un émerveillement. Plus automnal que son prédécesseur. Le sucre et la finesse de la façon ne peut cacher les coups au moral qui transpire des textes et la musiques. Comme les albums Lola Vs... ou Arthur & ... pour les Kinks après les merveilles de Something Else, Triggers marque un glissement vers un son plus sobre, moins pétulant. Le résultat s'en ressent et c'est des fois pour le mieux. Code Rural, Coral Bracelet, There's Always Madness trace une piste inédite dans la pop contemporaine. Que le soleil soit maudit, duo entre les deux jumeaux, s'impose comme l'une des plus belles choses sorties des ateliers Tricatel, un sommet, une synthèse inespérée de toutes les aventures du label jusqu'à présent. Un classique, un hit, une merveille éternelle. Le disque est plein du parfum d'un certain abattement, une tristesse diffuse. There's Always Madness
Également en 2003, le Comte Indigo, chanteur-dandy à la peau d'ébène, se décide à briller dans le rôle d'Homme Fatale. Avec Trinity (Bring out the Devil), le petit monde Tricatel plonge au cœur de la soul et du disco seventies. Burgalat et son équipe de magiciens se plient aux lois d'une pop soyeuse en ligne directe du Bowie de Young Americans et accouchent d'un album qui fait du pied à une soft pop américaine ironique. Boudé, ce bel exercice de pop-soul excentrique ne verra pas la lumière commerciale. Trinity (Bringing Out The Devil)
Chez Tricatel, le moral n'est plus forcément au beau fixe et un ciel nuageux à pris la place du soleil estival des premières années
Contre vents et maréesBurgalat revient sous nom en 2005. Son deuxième album s'appelle Portrait Robot. Un disque personnel pour un artiste qui travaille chez les autres pour des Bo comme celle de Palais Royal pour la copine Lemercier. Plus sérieux, plus intime que The Ssssounds Of Music, cet autoportrait de la quarantaine frappe par la fastueuse créativité sonore de Burgalat. Plus que les chansons, c'est la tapisserie sonore, les canevas mélodique et rythmique, qui vous emporte le long d'une route nationale perdue dans le temps et dans l'espace. Burgalat chante toujours plus mal, mais de l'inconfort premier nait une forme de connivence pour ce chanteur de travers. Riche de 21 pistes, l'album s'étire dans une ambiance de septembre ensoleillé, pulsé par les guitares de Peter Von Poehl et la machine AS Dragon. Ripples, Je suis seul dans ma chanson, Spring Isn't Fair, Ma boite à musique, Vestibules d'Ombres, le disque aligne des perles à la pelle. On touche aux ombres de l'univers soigné de Burgalat. Un vent de désenchantement souffle sur l'album mais la lumière est si belle en automne. Je suis seul dans ma chanson (One Shot Not, 2009)
Mais malheur, ces perles pop intenses furent administrées à une bande de cochons gavés à la pâtisserie québécoise industrielle. Boudé par les médias comme le grand public, ce chef d'œuvre ambitieux restera lettre morte pour beaucoup, refoulé des magasins et de la grande distribution en pleine débandade. Burgalat vivra mal cet épisode. Il en conviendra souvent et le ton du mentor de Tricatel deviendra de plus en plus aigre pour parler de ses contemporains. Après les chansons de l'innocence, voici celles de l'expérience.
(re)Born In The Gibus Au milieu de la Grande Crise Industrielle du disque des années 2000, Tricatel est donné de nombreuses fois pour mort. De moins en moins présent dans les bacs de la grande distribution, boudé par les petits magasins, le label aurait pu tout simplement disparaître sous le poids conjugué des échecs et des embuches. Pourtant, Bertrand Burgalat ne désarme pas. Et continue de produire albums, singles et bandes originales de film. As Dragon, backing band maison, devient son propre bolide avec l'arrivée de la chanteuse Natasha. La Ninjiski blonde prend le pouvoir au sein du groupe qui sortira deux bons disques, Spanked en 2003 et Appelle la Police en 2006 avant de s'endormir doucement. Comme la formation Tanger, l'AS Dragon est un groupe aussi érudit que talentueux. Et comme Tanger, il semble que le public n'ait pas compris de quoi il retournait vraiment. Encore un rendez vous manqué du rock français.Dirty
Ce qui n'empêche pas Burgalat de continuer de chercher une relève rock à mettre sous le signe du T. C'est d'ailleurs chose faite en 2006, quand il choisit de faire venir les Shades, baby rockeurs nés sur les planches du Gibus, dans le giron de Tricatel. Pour Burgalat ça ne fait pas de doute, ces cinq adolescents sont les meilleurs représentants de cette scène-champignon. Il va accompagner le quintet dans la réalisation de leurs deux premiers albums, Le Meurtre de Venus - 2008 - et 5/5 à 2010-. Encore une fois Burgalat a frappé juste, ces gamins n'ont peur de rien et malgré des moments très verts, le potentiel du groupe est assez évident pour qui prendra la peine d'y jeter une oreille attentive.A l'Horizon
Ici et MaintenantD'ailleurs, c'est un peu le quotidien de Tricatel que l'on suit là. La marque au T est devenu un label maquisard, qui substitue l'originalité et le risque au confort et à l'attendu. Plus discret, le navire tient tout de même son cap. Chéri BB, troisième album du maitre des lieux, est publié en douce à l'été 2008. Il n'est peut être pas de la trempe de ces prédécesseurs mais continue de surclasser une concurrence qui n'existe finalement pas. On retrouve le formidable single This Summer Night en duo avec l'éternel Robert Wyatt. Dans une réalité alternative plus juste, ce simple serait un hit. Même chose, Nous Etions Heureux est l'une des chansons les plus sincères et les plus touchantes offertes par le bon Burgalat. Là aussi, on se dit qu'il ne manque qu'un peu de chance - et de justesse dans le chant - pour en faire un authentique classique. This Summer Night avec Robert Wyatt
En 2011, Tricatel est bel et bien vivant. A l'occasion de l'anniversaire des 15 ans, le label met les petits plats dans les grands en rééditant en vinyl et CD des compilations de raretés à Tricatel Rare, un double rempli jusqu'à la gueule et Inédits de Burgalat à comme un programme de rééditions des chef-d'œuvre passés comme l'immortel Chrominance Decoder de 1999. Une actualité commémorative qui ne doit pas faire oublier les réalisations du présent comme les partitions ciné de My Little Princess et Belleville Tokyo ou la signature de Christophe Chassol. On parle même d'un nouvel album solo du fondateur sous peu. En 2011, Tricatel fait bel et bien parti du paysage. Et même si cela demande de creuser un peu, de se bouger, d'aller à l'encontre des réflexes de consommateur gavé à satiété, c'est finalement mieux comme ça.
30/06/2011
Zardoz